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Kindle, Kobo, Cybook et les autres. Les liseuses numériques, outils d’une mutation

 

Image de la Liseuse de Fragonard

La Liseuse de Fragonard

Fin d’un monde  ou nouveau monde ? Mutation ou révolution ? La liseuse de Fragonard pourrait-elle bientôt apparaître comme un témoin d’un mode de lecture révolu ? C’est un fait annoncé, avec l’arrivée en France du poids lourd Amazon et son Kindle, le développement de l’offre et de prix stratégiques, la lecture sur support numérique devrait décoller en France, après un démarrage un peu poussif, tout comme elle a décollé en peu de temps aux US en trouvant des lecteurs satisfaits et fidèles. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien là d’une très profonde mutation qui conjugue nouvelle technologie et nouvelle morphologie, mode d’écriture et support, de la même façon que le passage de la tablette gravée au papyrus, puis au codex et à l’impression. Je me livre donc ici à un tour d’horizon non exhaustif de quelques premières questions soulevées par cette mutation.

 

Quel impact sur nos pratiques ?

Il ne s’agit plus de fureter mais de naviguer, plus de toucher et de feuilleter mais de cliquer et de zapper. Il ne s’agit plus de sortir (chez son libraire) mais de s’asseoir près d’un spot WiFi pour télécharger (en une minute) puis de s’asseoir ou de s’allonger pour lire pour l’instant essentiellement des livres papier numérisés. Il ne s’agit plus d’emporter un livre en week-end, mais toute sa bibliothèque…

 

Quoi de plus avec les liseuses actuelles ?

Les possibilités de marquer, corner, surligner, annoter sont conservées et facilement mises en œuvre. Dès lors que l’on prend en compte l’étendue de la bibliothèque stockable, bien plus fournie que celle d’un français moyen…et transportable, l’avantage est manifeste ; de même si l’on considère la présence de dictionnaires intégrés et la recherche rapide par mots-clés ; à noter aussi le prix inférieur de la version numérique des ouvrages, la disponibilité de nombreux classiques à des prix dérisoires voire gratuits. Par ailleurs, les changements de police, de caractères ou de mise en page permettent une accessibilité renforcée. Côté éditeurs, rien ne permet désormais de retarder des retirages d’ouvrages anciens ou peu diffusés à très faible coût et sans invendus.

 

Mais alors quoi de moins ?

La sensation d’être prisonnier d’un système fermé sur Amazon ou sur la FNAC par exemple, et les comportements futurs de ces acteurs sont loin d’être connus ; le fait que le livre numérique ne puisse être prêté ni échangé, ni transféré, mais que l’objet qui le contient soit lui « perdable » ou « volable » emportant avec lui la bibliothèque. On peut aussi être gêné par l’uniformisation que les liseuses actuelles confèrent aux différents types d’ouvrage. l’affaiblissement sensoriel lié à la disparition des nuances du toucher, de l’odeur et de la structure du papier gênera sans aucun doute les amoureux du livre papier qui sont encore très nombreux, mais quid des générations élevées à l’écran ?

 

Que restera t-il du livre papier ?

Nul ne peut aujourd’hui faire un pronostic fiable. Dans un premier temps, il semble que les ventes papier ne se portent pas si mal aux Etats-Unis, encore que… Les encyclopédies, beaux livres, ouvrages universitaires, ouvrages de fond sont encore très majoritairement diffusés sur papier, peut-être parce qu’encore mal adaptés au nouveau format. Mais bien peu de libraires pourront dorénavant se contenter de ne vendre que des livres… La diffusion des e-books explose aux US tant dans les ventes qui dépassent depuis plusieurs mois celles des livres de poche que dans la dotation déjà étonnamment élevée des bibliothèques municipales ou universitaires. Que de chemin à parcourir en France ! A ce rythme, devant quelle bibliothèque poseront nos « sachants » (ou ceux qui tentent de donner le change) dont les murs couverts de livres manifestaient le pouvoir – voir nos présidents de De Gaulle à Pompidou, Mitterrand et Sarkozy – Il reste à inventer la liseuse statutaire ou l’objet symbole qui remplacera les étagères ( avis aux designers ! )

 

Quel avenir pour ces liseuses numériques ?

Il faudra quelques années, quelques décennies peut-être pour mesurer le chemin parcouru au fur et à mesure de l’arrivée de générations lisant sur écran depuis l’école et des progrès technologiques : Bientôt l’écran souple, l’écran haptique (et plus tard peut-être une intégration au corps). Pour le moment très proches de l’organisation du livre, ces nouveaux outils – encore des objets transitionnels ? – semblent adoptés très facilement compte tenu de leur interfaces intuitives. L’écran couleur quant à lui est déjà proposé notamment par Barnes et Noble avec son Nook aux US.

 

Enfin quel impact sur ce que nous lirons ?

L’essentiel de ouvrages disponibles consiste actuellement en des livres numérisés. Il est difficile d’imaginer si et comment l’écriture et les contenus proposés évolueront lorsque des écrivains exploiteront les possibilités du numérique. Nul doute qu’au fur et à mesure que l’écriture cherchera à exploiter toutes ces possibilités, l’hypertexte, le multimédia, de nouvelles formes de création littéraire émergeront et seront accompagnées par des évolutions des interfaces. Sur le plan de la diffusion des oeuvres, le poids et le comportement des géants comme Amazon, qui vient aussi de se lancer comme éditeur et peut donc tout faire, questionnent quant au contrôle de fait qu’ils pourraient exercer sur ce que l’on nous donne à lire et comment on le propose. Le comportement d’Apple qui censure certaines applications et impose sans discussion des redevances avantageuses pour accéder à ses supports ne plaide pas pour trop de naïveté.

 

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Steve Jobs est mort. Comment son imaginaire technologique nous a rencontré au travers d’Apple.

L'hommage, en Une, de Libération à Steve Jobs

Logotype utilisé en une du journal "Libération" : hommage à Steve Jobs

 

Quand j’ai acheté mon iPhone, puis mon ipad, je ne savais pas que j’en avais besoin…Cela pourrait être une explication de ce qui vaut à Steve Jobs, fondateur d’Apple, un hommage quasi unanime pour son apport dans l’industrie du numérique voire pour avoir changé la vie. Il y a là quelque chose de religieux (voir mon précédent billet) dans la prosternation, dans la dévotion que lui vouent certains et dans les cérémonies vues devant certains magasins Apple, Alors un gourou ? un génie ? Plus sûrement, en plus d’être un homme d’affaires, quelqu’un dont l’imaginaire a rencontré une attente non formulée, mais forte, de réenchantement du monde. Dans quelles conditions cet imaginaire a t-il rencontré cette attente au point même de paraître devancer  le besoin ?

 

Une piste de réponse se trouve dans les travaux du GRETECH-Paris-Sorbonne et dans ceux de  Michel Maffesoli. Tout au long de l’ère industrielle, le développement d’abord porteur de progrès des sciences et des techniques, de la mécanisation, et des transports, finit par amener progressivement à un désenchantement du monde marqué par une profonde mutation des relations sociales, à une atomisation de la société, au déracinement et à l’isolement. Et 150 ans plus tard ( c’est l’ordre de durée estimée de ces cycles de désenchantement-réenchantement ), on assiste à la fin accélérée de ce moment culturel débuté au dix-neuvième siècle.

 

Lorsqu’arrivent les technologies du numérique dans cette fin de cycle, elles rencontrent donc une attente de réenchantement soutenue par une sorte de nostalgie des liens sociaux perdus idéalisés. L’attrait constaté pour les événements collectifs, les événements de foule, naît de cette attente. La technologie devient le meilleur réceptacle de ces attentes dans lesquelles elle s’inscrit. Dès lors les espaces virtuels, les espaces communautaires en particulier, permettant l’échange et le partage, offrent la possibilité d’un territoire commun qui comble l’ennui et l’angoisse de l’isolement en réchauffant le lien social.

 

La force de Steve Jobs a été de comprendre, ou pour le moins de sentir cette attente. Les progrès de la technologie aidant, il a compris que la machine ne devait être le contraire d’une entrave ou d’une difficulté supplémentaire pour le lien social. En proposant des interfaces intuitives, des machines utilisables sans mode d’emploi, parce qu’inutile, là où des concurrents confondaient performance et complexité, il a permis un réchauffement du lien homme-machine face à la froideur des notices techniques. Depuis, macIntosh, iPod, iPad et compagnie ont pu s’inscrire comme une simple prothèse d’un individu désormais connecté.

 

Alors Apple pourra t-il poursuivre dans cette voie ? Y a-t-il d’autres vigies dotées comme Steve Jobs d’un imaginaire susceptible de rencontrer des attentes non formulées et de se fondre dans les mutations sociales ?  Nous n’en savons rien. Mais le virage imposé par Jobs a modifié définitivement l’approche des usages. Le numérique n’a pas fini de produire ses effets, nous ne sommes qu’au début du cycle, mais n’en doutons pas, il produira aussi son lot de désenchantement…dans un siècle ou un peu plus si la durée du cycle est conforme à l’histoire passée…ou bien avant si l’accélération sociale, d’ailleurs portée par le numérique, se confirme…

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Facebook, les réseaux sociaux et nos vies en 2011 ; quels bénéfices et quels dommages pour nos relations sociales ?

Social networking sites and our lives, c’est le titre de l’étude du Pew Research Center (85 pages) réalisée en 2010 aux Etats-Unis et parue  en juin 2011 sur l’impact social de l’utilisation des réseaux sociaux parfois accusés de fragmenter le corps social, d’isoler l’individu et de le placer hors-sol. Encore une avalanche de chiffres donc, mais comme l’écrit Olivier Ertzscheid, Les chiffres, leur interprétation et leur mise en scène sont un moyen privilégié pour décrire, dominer et mieux comprendre la réalité non tangible. Quelle que soit leur valeur, ils influent sur notre perception de la réalité et sur la réalité elle-même, celle qui sera prise en compte dans l’attention que lui prêtera chacun d’entre nous, mais aussi par les médias, les agences et les entreprises. Alors va pour quelques chiffres que j’ai choisis et qui, s’ils concernent les Etats-Unis, n’en sont pas moins intéressants par les grandes lignes qu’ils traduisent.

 

  • La population d’utilisateurs des réseaux sociaux, qui aurait doublé depuis 2008, vieillit au delà du simple glissement lié au vieillissement des utilisateurs. L’utilisation s’étend à des générations plus âgées comme le montre le passage de l’âge moyen de 33 ans en 2008 à 38 ans en 2010. Pour d’autres médias, cela suffirait à susciter l’émergence de nouveaux réseaux distinguant les jeunes. L’individualisation des usages permet de garder ensemble toutes les générations.
  • Facebook est bien le réseau ultra-dominant (92% des inscrits sur des réseaux sociaux, non exclusifs certes, mais tout de même. Le trafic total (voir les calculs d’O. Ertzscheid) est impressionnant. Sorti depuis longtemps du milieu universitaire, Facebook touche tous les niveaux d’éducation, tout comme Twitter. Ce n’est pas le cas de LinkedIn, très majoritairement fréquenté par des membres de niveau d’éducation supérieure, ce qui n’est pas une surprise compte tenu du positionnement de chacun de ces réseaux.
  • Plus de 50% des inscrits fréquentent quotidiennement ou pluriquotidiennement Facebook avec une proportion plus élevée de jeunes et de femmes. Mais qu’y font-ils ? Liking et commentaires représentent l’activité principale exercée par 20 à 25% des usagers de Facebook, loin devant la production de contenus, mise à jour du profil. (voir répartition sexuée ci-dessous)

 

Graphique des utilisateurs Facebook selon le sexe et les utilisations quotidiennes

 

  • Sur Facebook, le comportement est sexué (voir graphique précédent). Non seulement les femmes y sont plus nombreuses, mais la fréquence de leurs activités y est plus grande pour tous les usages. Apporteraient-elles un soin plus grand à l’entretien de leurs relations, combleraient-elles un penchant pour le phatique ?…
  • les amis Facebook (en moyenne 229 par compte) ne sont pas confinés à un cercle étroit, mais se recrutent dans tout l’éventail des relations possibles.

 

Origine des amis Facebook

 

  • Les amis Facebook ne sont pas que virtuels. Une idée déjà largement battue en brèche, mais encore vivace dans certains esprits. Les amis Facebook sont le plus souvent conséquence d’une rencontre physique (ou prélude ? ).

 

Les amis Facebook ne sont pas que virtuels

 

Les utilisateurs de réseaux sociaux ne sont ni isolés ni amputés de leurs relations sociales « réelles ».

Parmi de complexes tableaux de chiffres, se dégagent 3 tendances :

-   Les utilisateurs d’Internet ont des relations plus proches et déclarent davantage de confidents.

Nombre moyen de confidents par typologie d'utilisateursA noter que les utilisateurs de Facebook tendent à avoir davantage encore de confidents dès lors que leur utilisation du service augmente.

-    Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook font davantage confiance aux autres que les utilisateurs d’autres réseaux et davantage encore que les non utilisateurs d’Internet.

-    Les utilisateurs de Facebook se soutiennent mutuellement davantage matériellement et moralement que ceux des autres réseaux et que les non utilisateurs d’Internet.

 

  • Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook sont plus engagés politiquement. On ne peut s’empêcher de penser au rôle des réseaux sociaux dans les mouvements sociaux et politiques de ces dernières années et de leur potentiel dans la formation et l’exercice de la citoyenneté.

 

Tous ces résultats permettent au Pew de conclure que rien ne permet d’affirmer que l’usage des réseaux sociaux puisse être associé à un recul de la taille et de la diversité du réseau de relations d’un individu. On constate plutôt le contraire, même si l’étude montre que dans tous les cas le niveau d’éducation interfère et « améliore » parfois considérablement le niveau des chiffres obtenus. Les réseaux permettent de raviver des relations anciennes ou essoufflées, d’entretenir leur proximité. Rien ne démontre l’enfermement dans un réseau de pensée ou de personnes homogènes. Il faut admettre que les relations que nous entretenons sur les réseaux recopient pour une grande part celles que nous avons hors réseau. Les changements de modalités de ces relations amplifient, intensifient (ou affaiblissent) certains aspects. S’ils peuvent déconcerter certains, ils n’ont pas tous les défauts qu’ils leur prêtent. Question de génération ?

 

Mais pour autant, et quelle que soit la confiance qu’on peut accorder aux chiffres, et quel que soit le degré de pertinence de leur transposition en Europe, cela règle t-il les débats sur le sens du mot ami, sur la qualité des liens, faibles ou forts, sur l’identité, l’effet miroir.. ? sur la solitude communicante ou la loi de proximité inverse de Virilio qui fait du voisin l’étranger et du lointain l’ami ? Il s’agit là de questions d’ordre plus philosophique voire anthropologique dont les réponses sont bien plus complexes.

 

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eG8, où va l’Internet ?

Dans son discours d’accueil du eG8, le président de la république n’a pas manqué de brosser un tableau qui consacre une prise de conscience de l’importance de l’Internet dans la diffusion des savoirs, de son importance croissante dans le domaine économique, dans la diffusion des bonnes et mauvaises pratiques dans tous les domaines, bien sûr aussi dans le domaine politique comme l’ont illustré de nombreux événements de ces dernières années depuis l’élection d’Obama jusqu’aux mouvements arabes en passant par Wikileaks. Il suffirait donc de réguler pour mieux développer et de supprimer les scories pour avoir enfin un internet civilisé (terme souvent repris par nos gouvernants). D’où l’idée affichée de recueillir les propositions ascendantes (depuis un parterre tout de même choisi) avant peut-être d’édicter des règles… descendantes bien sûr…

 

Certes, on est évidemment d’accord avec le fait qu’Internet ait pris une importance stratégique, que des freins à son développement subsistent, que des modèles économiques sont remis en cause, que des inquiétudes légitimes se font jour quant à la protection de la vie privée et au droit à l’oubli, à la surveillance, aux problèmes des sources, des effets de masse et des manipulations possibles. Alors réguler et civiliser ? Si j’en crois mon petit Robert, civiliser, c’est « faire passer (une entité sociale) à un état social plus évolué ou considéré comme tel dans l’ordre moral, intellectuel, artistique ou technique ». Il faudrait donc réussir dans le monde d’Internet à dégager une morale commune de laquelle découleraient des règles censées offrir un cadre de développement harmonieux.

 

Bien, mais alors quelle morale commune ? Celle des grandes entreprises du net qui ne souhaitent pas vraiment s’embarrasser de règles trop contraignantes pour elles ? celle des industries traditionnelles qui souhaitent faire du vieux avec du neuf (voir Hadopi ancienne formule et son échec annoncé tant on est loin des possibilités intrinsèques du réseau) ? Celle de la privacy à l’américaine ou celles d’ailleurs remises en cause par les propriétés intrinsèques du numérique de la vie privée à l’européenne ? celle du net tendance chinoise (la Chine n’était pas là) ? ou encore celle des hackers si importants dans la génèse de l’esprit du net, défendant un territoire indépendant et autorégulé ? ou encore celle des pourfendeurs de l’horizontalité (dont on se souvient de quelques interventions) ? …

 

Une partie de la réponse se trouve dans la liste des intervenants et la composition des plateaux qui a fait la part belle aux géants des grands groupes et du e-business…et les dirigeants de nos agences étaient parmi les invités. Il n’est bien sûr pas illégitime de rechercher les voies d’un développement d’Internet et de son économie, bien au contraire. Mais sans faire de procès d’intention, le voir comme simple espace à normaliser, comme simple extension de l’espace marchand et de l’espace du pouvoir et négliger le fait que l’internaute est au centre d’internet  serait extrêmement réducteur et certainement contre-productif. Etait-ce une raison de ne pas organiser cet eG8 ? Non, seulement une raison de se montrer attentifs à la route choisie et à toutes les évolutions qui en résulteraient.

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Japan earthquake shakes Twitter users ou quand Twitter va plus vite…

La communication publiée sous le titre ci-dessus en 2010 par des chercheurs de l’université de Tokyo prend du relief avec le récent séisme au Japon. On sait déjà combien Twitter peut permettre de transmettre et d’agréger des infos, des sentiments voire des foules en temps réel ou quasi-réel. Cette étude cherche à montrer qu’il pourrait aussi être utilisé comme système de détection d’événements et d’alerte. De quoi s’agit-il ?


L’observation montre que chaque événement important est relayé en temps réel par un nombre significatif de tweets. C’est le cas d’un séisme. Chaque utilisateur de Twitter se comporte alors comme un capteur qui saisit et transmet une information. Le monitoring des messages associé à un algorithme adapté permettent l’identification et l’analyse sémantique de mots-clés et du contexte de ces messages. On peut ainsi détecter le séisme et lui attribuer une localisation spatiale et temporelle. Dès que le système extrait l’information, il la transmet automatiquement par mail aux souscripteurs du service qui la reçoivent avant l’alerte officielle et potentiellement même avant l’arrivée des vibrations qui, elles, ne se propagent « qu’à » quelques km/s. Selon les auteurs de l’étude, 96% des séismes d’intensité 3 et plus auraient ainsi été détectés. (à consulter la communication)


Même si cela paraît dérisoire au regard de l’ampleur de la catastrophe japonaise, on peut être fasciné par le fait qu’un capteur social puisse en quelque sorte court-circuiter les capteurs techniques habituels ; l’extension et la puissance des réseaux permettent à l’immatérialité des flux de communication en temps réel de prendre l’avantage. Pourrait-on extrapoler ce qui est possible pour les séismes à la détection d’événements politiques, sociaux, météo, accidentels, … à partir de Twitter et à une automatisation de l’élaboration et de la diffusion de l’information en temps réel (type dernières nouvelles – breaking news) ? L’exploitation de Twitter non seulement comme réseau, mais comme média pose certes des problèmes complexes, mais certains y travaillent. On voit bien les objections : quid des sources, de la hiérarchisation, des manipulations ? quelle place pour l’analyse face à l’émotion ? etc…


Comme l’a pointé depuis déjà longtemps Paul Virilio, la vitesse technologique est désormais très supérieure à celle du temps humain, et l’écart ne fait que croître. Il y a désynchronisation entre la vitesse de circulation de l’information et nos capacités d’action ou de réaction. Cette course à la vitesse semble pourtant inséparable de la course à la puissance dans laquelle nous sommes irréversiblement ( ?) engagés ; et Virilio et quelques autres de rappeler qu’en inventant un processus, on invente l’accident associé ; et que la puissance de l’un et de l’autre croissent parallèlement. Prudence, donc…

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Facebook révolution, ou domestication ? deux visages des réseaux sociaux

J’ai noté ces derniers jours dans la presse le télescopage de deux approches des usages des réseaux sociaux a priori sans rapports directs mais qui, placées l’une en regard de l’autre, illustrent bien  leur ambivalence… D’un côté rangés parmi les instruments de la libération de tout un peuple, ces outils sont, d’un autre côté, vus comme des instruments potentiels de contrôle.


D’un côté donc, la mise en exergue par les médias (ici et par exemple) du rôle de Twitter et surtout de Facebook dans le déclenchement, l’amplification et la coordination des révoltes de Tunisie et d’Egypte. Une Facebook révolution ? Sans surévaluer le rôle de ces réseaux sociaux compte tenu de leur taux de pénétration (encore qu’en Tunisie…) et des strates de population touchées, il semble bien qu’ils aient constitué un moyen de contourner les institutions, les dispositifs de censure et de surveillance, un outil d’expression personnelle (petit clin d’oeil Facebook repris sur le blog tunisien de Nawras) et de libération en quelque sorte. On a vu utiliser le terme de cyberrésistance, pu suivre les més-aventures d’un responsable marketing Google et la nomination d’un blogueur résistant comme ministre. Il n’est pas contestable non plus qu’internet a constitué une source essentielle d’information -Voir par exemple sur Google Tendances l’explosion des requêtes « Ben Ali » à Tunis les 14 et 15 janvier, jour de son départ –


D’un autre côté, Alex Turk, président de la CNIL, qui nous redit ni plus ni moins dans le Monde du 8/02 ce qu’il dit depuis longtemps : « des dangers lourds nous menacent en lien avec la géolocalisation ». la CNIL pense bien sûr aux réseaux de type Aka-aki, Foursquare, Latitude, géo-tweet, Facebook Lieux et quelques autres, et aussi aux multiples applications qui nous proposent (yes or no ?) la géolocalisation pour exprimer tout leur intérêt avec des procédures d’opt in/opt out parfois mal définies. De type check-in, ou davantage encore de type tracking, tous ces signalements de position ne font qu’ajouter à notre empreinte numérique déjà forte (on se souvient de l’histoire de Jules). Plus récemment le site provocateur pleaserobme (en ce moment en sommeil) annonce l’absence du propriétaire aux voleurs à partir de relevés sur Foursquare et Twitter. Mais la tendance est lourde, la géolocalisation est un puissant outil de marketing direct au service de stratégies adaptées au développement des terminaux mobiles (par exemple la très simple offre McDo : 3 géolocalisations en 72h au McDo sur Lieux = un sandwich gratuit)… Ce pourrait être demain un outil au service d’objectifs peu louables dans un monde panoptique, un instrument de contrôle et de domestication.


D’un côté donc, tout ce que l’on peut attendre du développement des médias de masse ; il est très difficile, voire irréaliste aujourd’hui de maintenir des structures strictement verticales et d’ignorer l’expression des idées de chacun aisément et instantanément disséminées par le réseau. L’entreprise l’a (souvent) compris, les états parfois moins. D’un autre côté, la porosité croissante entre vie publique et vie privée (jusqu’à leur confusion ? L’attitude de Facebook à ce sujet est plus qu’ambigüe) questionne effectivement quant au contrôle social. Au delà de l’éducation de chacun et de l’autocontrôle, on peut certes penser que les réactions des internautes contrôleront les abus, mais les états de droit devront sans doute légiférer rapidement sur l’utilisation des données personnelles, leur propriété et leur accès. Il n’y a pas de médaille qui n’ait son revers…


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Twitter vu par ses utilisateurs en France


Nuage de TAG : Twitter vu par ses utilisateurs

ifop ©



Un peu plus de trois ans après son apparition, et après l’explosion 2009 qui l’a vu promu par les médias, où va Twitter ? Si les données sont désormais assez nombreuses, il n’est pas très facile de dégager une cohérence, vu les différences parfois constatées. L’étude de l’IFOP (pdf 2010) auprès d’utilisateurs, parue en décembre 2010, permet de dégager leurs profils et des usages types. Si l’on en croit cette étude, l’utilisateur type serait un homme en général (pour les 2/3) ayant entre 18 et 34 ans, cadre (pour 50%), inscrit par ailleurs dans des réseaux sociaux ou de géolocalisation, ayant publié une moyenne de 452 tweets depuis l’ouverture de son compte (298 pour les femmes), et suivi par 350 followers ; un profil plutôt marqué technophile, encore proche d ‘un earlyadopter inscrit dans l’écosystème des réseaux sociaux pour reprendre les termes de l’IFOP.
Quand à l’intérêt pour les usages, les mots partage, information et réactivité sont sans surprise les plus cités avec tous les mots ayant trait à la vitesse ; du lien en temps réel, pour diffuser et commenter des infos et partager avec sa communauté de suiveurs, mais aussi des usages (supposés ou réels ?), jugés utiles, et plus orientés vers la communication d’entreprise, la création d’un réseau de prospects et de clients, ou le drainage d’audience vers un blog, sans oublier la communication politique. En revanche, il est intéressant de noter que la recherche de bons plans et de voyages, usages que les utilisateurs mettaient en bonne place dans l’étude IFOP 2009, apparaît désormais délaissée. Où l’on voit qu’une sélection des usages s’opère à l’usage justement.
On le voit, Twitter semble tarder à sortir d’un certain segment d’utilisateurs. Certes le taux de notoriété progresse à 80%, mais les inscrits ne dépasseraient pas 7% des internautes et les ouvertures de comptes en 2010 semblent marquer le pas. 96% des utilisateurs trouvent Twitter utile (dans le cas contraire, seraient-ils encore utilisateurs ?), encore faudrait-il distinguer ceux qui sont réellement actifs, et qu’une étude Sysomos monde de 2009 jugeaient très minoritaires, comme d’ailleurs sur les réseaux sociaux en général. Condamné à évoluer, Twitter, d’abord « simple » outil de microblogging, devient réseau social incluant des remontées depuis les blogs, des médias photo ou vidéo consultables directement ou la géolocalisation, ainsi que la création de listes. Mais sur ce terrain, il y a fort à faire face à facebook, plus grand public, qui développe lui aussi les modes d’échange instantanés et organise la convergence des usages.


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Metrics et sentiments 2010 : Noël, la grippe et le bonheur national brut

Nous voici à la fin de cette année. Et savez-vous ce qui nous (vous ?) a rendu les plus heureux en 2010 ? Si l’on en croit le Gross national happiness index de Facebook autrement dénommé indice de bonheur national brut en français, c’est tout simplement…Noël ! C’est vrai aux USA, mais aussi entre autres, en Allemagne, en Italie et en Belgique. On peut extrapoler sans risques le résultat  à la France. A noter que Noël suscite aussi un pic négatif certes bien modeste au regard du pic positif, mais tout de même ; je vous laisse à vos interprétations…
Comme désormais un grand nombre d’instruments, celui-ci essaie de quantifier et de caractériser l’état émotionnel d’un collectif et s’inscrit dans l’utilisation du net comme système nerveux virtuel. Des filtres sémantiques (on perçoit bien les enjeux que représente la mise au point des « bonnes » combinaisons) permettent d’attribuer des valeurs positives ou négatives, éventuellement pondérées, aux termes employés sur facebook. Il en résulte un graphique sensé traduire l’état d’esprit, l’humeur, l’état émotionnel des utilisateurs, dont on sait qu’ils représentent un échantillon représentatif de la population par le nombre au moins. A titre d’exemple, on peut noter un grand coup de déprime le 25 juin 2009 (rappelez-vous !). Alors qu’est-ce qui pourrait venir troubler notre bonheur en cette fin d’année ?
La grippe bien sûr ! Les médias s’en font l’écho depuis quelques jours avec du retard sur…Flu trends, le site bien connu sur lequel vous pouvez suivre au jour le jour la propagation de la maladie à partir de la popularité de mots-clés soumis aux moteurs de recherche. Tapez grippe dans Google tendances et vous verrez confirmé l’intérêt croissant des internautes ces derniers jours pour  des recherches relatives à la grippe. Et c’est cette propension à rechercher des infos sur la maladie avant même de consulter un médecin, ainsi que le recueil et l’analyse des données en temps réel qui donne à Google de l’avance sur les réseaux médicaux de surveillance ; Et les résultats donnés par Flu Trends bénéficient d’une bonne fiabilité, confirmée par des études menées et publiées dans Nature, la revue scientifique de référence. Là encore, le Net comme système nerveux virtuel collectif…

Alors, meilleurs voeux et beaucoup de bonheur pour 2011 !


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iArt ? La fondation PB-YSL, expose les Fresh flowers de David Hockney

David Hockney

David Hockney ©

Un des artistes les plus connus et appréciés au monde depuis les années 60 et la période pop art, David Hockney, reste à l’affût des nouvelles techniques et des possibilités d’expression artistique qu’elles offrent. Après la photocopie, le fax et le computer drawing, rien d’étonnant à ce qu’iPhone et iPad entrent dans sa panoplie, même s’il n’est pas le premier. Certaines de ses réalisations, « fleurs fraîches », sont exposées à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent jusqu’au 30 janvier 2011 (on peut voir le dispositif lors du vernissage). On peut aussi voir quelques créations sur iPhone sur le site d’Hockney.

Alors que changent les interfaces tactiles ? Elles ouvrent un champ de création dont il est trop tôt pour mesurer l’étendue et l’avenir. En masquant à la conscience de l’utilisateur la phase de calcul et de traduction par la machine, phase perceptible par l’usager du clavier et même par celui de la souris, ces interfaces réintroduisent ce qui s’était affaibli avec le numérique, à savoir un lien perçu comme direct entre le geste et la trace même simulée (un des fondements de la peinture et de la sculpture. J’avais par ailleurs évoqué la disparition de ce lien à propos de Veilhan ). De ce point de vue, iPhone et iPad n’offrent pas la même expérience gestuelle. Un écran accessible par le bord du pouce et sans bouger la main pour l’un, un écran nécessitant des mouvements de la main et du bras pour l’autre. Quant au toucher, la peau étant, comme le dit Michel Serres, le bord commun au corps et au monde, interface et frontière à la fois, il nous ramène à la relation à la matière et à sa sensorialité…même si la texture, la température perçue ou le relief ne sont pas ceux d’une feuille de papier ou d’une toile.

Pour quel résultat ? Bien sûr, la surface d’un smartphone est limitée. L’appli Brushes utilisée par Hockney, aussi. Mais elle offre des possibilités de superposition et de transparence que n’offrent pas les couleurs sur papier ; et aussi des possibilités de correction et de revisite de la cinématique du dessin. Ces possibilités, associées à une synthèse des lumières colorées bien sûr très différente de celle des pigments, à leur transparence et à la maîtrise de ces couleurs par Hockney, donnent des résultats d’une grande fraîcheur et souvent séduisants sur un écran. Un bouquet dans la lumière d’une persienne, dessiné le matin au réveil et envoyé de l’hôtel, peut en dire plus sur l’atmosphère du lieu et l’humeur de son auteur que la photo ou la carte postale de monsieur tout le monde envoyée du lieu de séjour. La viralité est exploitée a minima puisque seuls, aux dires d’Hockney, une vingtaine de ses amis reçoivent ses dessins. Et d’ailleurs, j’en profite, David, if you read this note, I would like very happy if you sent me some flowers on my iPhone.

Au final est-ce de l’art ? fallait-il l’exposer ? La notoriété de l’auteur y pousse ; et si le fait d’être exposé dans une institution consacre le travail et l’étiquette art, c’est fait. Et cependant, sortis de leur contexte qui se situe quelque part entre l’art et la communication, ces dessins exposés dans un contexte muséal, perdent de leur spontanéité et peuvent apparaître plus comme un exercice de style où les contraintes de la surface et de l’outil sont  très présentes. Certains y verront de la poésie, d’autres de l’indigence. Bien sûr le problème de la circulation, de la reproduction et du marché des œuvres sur support numérique n’est pas réglé, et le fait que l’on puisse encore « accrocher » au mur une production conçue pour un autre usage en rassurera certains, mais est-ce bien la solution ? Pourquoi pas un espace d’exposition virtuel accessible par le réseau ? Le débat est ouvert.

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Internet mobile à l’horizon 2014

Une étude de Capgemini publiée en juillet 2010 pour le SRI (syndicat des régies internet) montre la forte croissance du mobile qui sera le premier point d’accés à internet en 2014 en France. Cela rejoint l’étude de Gartner début 2010, dans laquelle il annonce que dès 2013, le nombre de smartphones et de mobiles connectables devrait dépasser le nombre de PC. Cela induit bien que le mobile en général devienne le premier moyen d’accès potentiel à Internet. Ce développement devrait contribuer à permettre potentiellement à 3 milliards d’adultes d’effectuer des transactions électroniques (internet mobile ou PC) à partir de 2014.

L’augmentation du taux de pénétration de l’internet mobile s’inscrit dans une évolution logique. Du téléphone à fil à la cabine puis au mobile, du desktop au portable et à la plaquette, de l’interface mécanique à des interfaces tactiles, la tendance incontournable est à l’autonomisation de l’univers de la communication, à l’adaptation des interfaces à une utilisation plus instinctive, à l’intégration au corps de prothèses extensives permanentes, autonomisation et intégration étant bien sûr corollaires l’une de l’autre. Rien de surprenant donc dans les prévisions de Gartner et dans celle de Capgemini

La première conséquence est évidente : on voit bien sûr l’intérêt qu’il y a à concevoir des sites et des applications adaptables ou optimisés pour le format mobile, de négliger la relation avec un grand nombre, et bientôt peut-être, une majorité de ses utilisateurs et de ses clients. Toujours d’après l’étude de Capgemini, 67% des annonceurs en France envisagent d’ores et déjà le développement d’une application mobile.

Autre conséquence que pointe Gartner: là où le web, le search, permet d’extraire de l’info organisée et promue pour drainer l’attention qui remonte vers l’émetteur, le développement de l’internet mobile permet de s’adresser directement à l’utilisateur dans une stratégie moins « pull » et plus « push ». La connaissance du contexte et celle du profil de l’utilisateur prennent une importance de premier plan : localisation, motivation, fréquentation des réseaux sociaux deviennent des renseignements fondamentaux pour la segmentation et le ciblage permettant de délivrer un message personnalisé rattaché à l’expérience de cet utilisateur.

Une confirmation : Facebook, présent d’entrée sur des smartphones, sera, sauf dérapage, confirmé en 2012 comme premier hub pour le social web et l’interopérabilité des réseaux, au travers de mécanismes divers comme Facebook Connect par exemple. Cela le place en situation de premier marchand de profils. Et voilà confirmé que la gestion de la vie privée restera un grand défi pour Facebook et par ricochet pour nous aussi !

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