Category Archives: Usages

La presse, le numérique, les lecteurs et les supports

La presse, bousculée par le numérique, reste cependant puissante (97% des français lisent au moins un titre chaque mois). Le comportement des lecteurs évolue alors, Où en est-on ?

j’ai retenu quelques indices sur les rapports print/numérique dans le dernier rapport Audipresse One Global qui fait essentiellement le point pour la période juillet 2013/juin 2014 pour la presse print (papier et pdf.) dont sont tirés les illustrations ci-dessous :

  • Le nombre total moyen de titres lus (6 titres de presse et magazines) s’érode. Mention spéciale cependant pour les femmes qui lisent 6,7 titres.
  •  Le print continue à perdre du terrain sur les formes numériques qui progressent à près de 40% (+2% en 3mois).
  •  Le fixe représente encore les trois-quarts des supports de lecture numériques et on y lit davantage de titres que sur mobile ; il est vrai que 69% des lectures se déroulent à la maison.

Rapport Audipress

 

Les lecteurs sur support numérique ne sont pas tous exclusifs. Pour une marque donnée, plus d’un tiers d’entre eux lit aussi le support papier de cette même marque.

  •  Les « connectés » et les 18% d’« hyperconnectés », qui représentent une part croissante de la population, sont aussi davantage lecteurs de print que la moyenne.
  •  Les Social Readers de Twitter ou Google+) manifestent un engouement encore plus fort pour la presse print (respectivement 6,8 et 7,4 titres).

lecture de la presse papier : usages

 

Et qui est le champion des versions numériques ? Le Figaro ! Champion en terme de lecteurs visiteurs uniques sur 30 jours. CSP des lecteurs ? qualité, simplicité et rapidité des applis ?

A la lecture de ces quelques statistiques, l’idée selon laquelle le numérique remplace simplement le print est évidemment bien trop simple. Les « plus branchés » ne semblent d’ailleurs pas délaisser le papier autant qu’on pourrait l’imaginer.  L’information appelle t-elle l’information ? L’interprétation de ces comportement nécessiterait des études croisées avec la sociologie de ce type de lecteur. mais ces quelques enseignements sur les usages et les utilisateurs ne sont pas dépourvus d’intérêts dès lors que nous sommes amenés à conseiller et à concevoir des applis pour le secteur.

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le boom des objets connectés, vers l’internet of everything

Atelier objets connectes - Conférence Techdays 2014 animée par Bernard OurghanlianObjets connectés, avez-vous donc une âme ? C’est le titre d’une conférence des Techdays 2014 animée par Bernard Ourghanlian, directeur technique de Microsoft. Si la question philosophique reste à débattre, il n’en reste pas moins que 2014 sera bien l’année du décollage de ces objets annoncés depuis quelques années.

En effet, leur développement et leur diffusion massives et rapides sont désormais possibles. Gartner n’annonce t-il pas 26 milliards d’objets connectés en service dans le monde en 2020. L’IDATE penche pour 80 milliards.

Quatre conditions de cette explosion sont réunies :

  • La maturité du smartphone et de sa diffusion, ce qui permet l’agrégation des objets,
  • Le développement du cloud, qui permet stockage et accès aux données de n’importe quel point,
  • Le perfectionnement des capteurs qui offrent désormais puissance et autonomie énergétique,
  • Le big data qui permet de collecter des données dont la masse va exploser et d’en extraire la valeur ; sans oublier le machine learning qui permet de donner une intelligence à l’ensemble.

On se prend à imaginer ce qu’apportera le développement de l’intelligence artificielle à ce monde d’objets communicants devenus éducables et en tout ou partie autonomes.

Cet internet des objets vient après l’internet des infos, (le web), l’internet des individus, (les réseaux sociaux), et l’internet des lieux (Foursquare) ; en somme le tout internet, l’internet of everything. People to people, people to machine, machine to machine, tout est connecté. Les enjeux techniques, économiques et sociétaux sont colossaux et tous les domaines sont concernés. Si un certain nombre d’exemples relatifs à l’automobile et à la ville connectées, aux smarthomes et smartgrids, projets en partenariat avec Microsoft ont été présentés aux Techdays, le sport, la santé, l’assistanat aux personnes âgées ou à chacun d’entre nous, l’agriculture, la réalité augmentée sont le cadre de scénarios de développement des objets connectés.

Alors cette explosion n’est-elle pas une bulle ? La multiplication tous azimuts d’innovations garantit-elle que ces objets vont trouver un public ?

Parmi les objets déjà accessibles au grand public, l’offre porte d’abord sur des objets portables. Il suffit de parcourir quelques sites pour voir que la concurrence sera sévère. Il est temps de créer sa startup, mais il y aura des morts. Le potentiel est énorme, mais quelques obstacles pourraient freiner la vague : La gadgétisation excessive décrédibilisante, une interopérabilité défaillante liée à une bataille des standards, une interconnexion peu étendue qui isolerait chaque objet, et bien sûr la sécurité des données qui s’impose de plus en plus comme une question centrale. Enfin le progrès nécessitera le design d’interfaces homme-machine nouvelles, l’expérience utilisateur devient globale, avis à tous les UX et Thinking designers ! Et si vous voulez concevoir de petits objets connectés, Microsoft propose Gadgeteer, un petit outil open source. L’innovation pour et par tous (ou presque), c’est aussi ça le numérique.

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Internet, mobile et télévision, 10 données sur les usages 2013 aux US

E-Marketer a rassemblé 400 types de données pour 40 agences de mesure sur l’usage des médias (hors voix) par les adultes aux US. Les résultats publiés en début de mois confirment les tendances prévues depuis 2010 :

  • Pour la première fois, le temps passé sur les médias digitaux dépasse le temps passé devant la TV ;
  • Si la TV n’est plus le premier moyen de consommation des médias, sa durée d’usage demeure stable ;
  • La durée totale de consommation des médias (TV, digital, print… ) se rapproche des 12 heures !
  • C’est le multitâches qui permet seul d’expliquer un tel chiffre ;
  • La durée d’usage des desktops et des laptops stagne ;
  • C’est le mobile hors voix qui tire les usages (4 fois plus de temps que le fixe ) ;
  • La durée d’usage des smartphones continue sa progression ;
  • Mais c’est l’usage des tablettes qui a le plus progressé et qui rejoint le smartphone ;
  • La durée d’usage de la radio ne se modifie pas significativement ;
  • Le print continue à perdre du terrain, en particulier les journaux ;

 

Graphique temps quotidien moyen tous médiasGraphique : Temps quotidien moyen medias digitaux

 

 

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MacCandless aux Microsoft tech.days, l’autorité du design est-elle supérieure à celle de l’information ?

Badge Microsoft Techdays

David McCandless, un des pionniers de la datavisualisation, auteur du best seller Datavision (feuilletable ici) est venu nous rappeler lors du parcours décideurs métier des techdays 2013 (télécharger la video ici) que l’information pouvait être belle (information is beautiful).

 

Nous vivons désormais dans un océan de données. Les appréhender, les trier, les classer, les mesurer devient un enjeu fondamental dans les domaines sociaux, économiques, politiques et commerciaux. Dans un monde toujours plus connecté, la domestication de l’infobésité devient primordiale pour éviter la perte de sens. Dès lors, sous quelle forme porter l’information à la connaissance, à la compréhension et à la sensibilité de chacun ? Pour cela, la prééminence de l’image n’est plus à démontrer. Différentes études montrent que les sujets utiliseraient 20% de ressources cognitives en moins lorsqu’ils lisent une image que lorsqu’ils lisent un texte.

 

Dans le travail de David, icônes, bulles d’infos, aplats de couleurs permettent de lire de la statistique avec plaisir et de construire du sens. Dans un monde où l’art s’est répandu à l’état gazeux jusque sur les emballages et le papier hygiénique, cette forme de pop art s’impose à l’œil et autorise la prise en compte rapide de données sans pour cela avoir besoin de s’immerger dans une forêt de graphiques, des tableaux de chiffres ou un long discours. Toutes ces dataviz doivent combiner sources fiables, beau visuel et expérience séduisante. Le résultat peut consister en un message très simple comme en une construction plus complexe (cf être de droite ou de gauche)

 

Mais nous ne nous y trompons pas. L’apparente simplicité de ces infographies cache en fait un grand nombre de données mises en parallèle, confrontées, compressées et…interprétées de façon à mettre en évidence ou à faire surgir de nouvelles idées. Selon l’axe et le mode de représentation choisis, le travail de synthèse effectué raconte une histoire et donc un chemin orienté de la pensée du concepteur. L’infoviz est considérée par David comme new oil mais aussi comme un new soil, une nouvelle terre à modeler. C’est bien ça ! Modeler la forme, c’est aussi modeler le contenu du message transmis. Des formes animées peuvent rendre plus visible encore le message que les formes statiques…en attendant des formes interactives. Le design peut faire autorité. Aux entreprises de penser en quoi et comment  il peut mieux servir leur communication.

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Debtris US (dataviz animée de David McCandles) :

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Digital et parcours d’achats 2012, une continuité de la connexion adaptée au contexte et à l’usage

Un récent rapport Médiamétrie/FEVAD met en évidence l’intensification de la digitalisation des parcours d’achats selon les termes utilisés par les auteurs. Le développement des « nouveaux écrans » contribue à généraliser une modification des comportements.

- Les internautes préparent de plus en plus leurs achats en surfant :

90% préparent ainsi leur achats effectués sur le web (+4 points par rapport à 2011),

77% préparent également ainsi leurs achats en magasin (+7 points).

De plus en plus avertis et capables de comparer, ils sont 64% à consulter les avis et les notes distribuées aux entreprises et aux produits, en leur accordant pour plus des trois-quarts d’entre eux une large confiance.

- Les internautes surfent aussi en magasin :

14% consultent les bornes interactives (+4 points),

40% des possesseurs de smartphone consultent en direct depuis le magasin (+5 points).

- Mais ils préfèrent encore majoritairement un retrait physique de leur commande :

21% en magasin,

48% en point relais.

Il subsiste donc comme un seuil symbolique à franchir pour repasser du virtuel au réel. Mais le seuil franchi, un destinataire du colis sur 3 achète sur le point de livraison. Le e-commerce s’intègre dans le commerce connecté.

- Fixes, mobiles, tablettes, smartphones ?

40% des possesseurs de tablettes s’en servent pour préparer leurs achats à domicile (90%) ou dans les transports (7%) avec une place importante pour les vêtements,

22% des possesseurs de smartphones  s’en servent pour préparer leurs achats à domicile (74%) ou dans les transports (20%) avec une dominante billetterie, voyages et produits culturels.
Toutes ces données doivent amener à reconsidérer (si ce n’est déjà fait) les distinctions simplistes fixe/mobile davantage basées sur les outils que sur les usages qui, au final, doivent être au cœur des préoccupations des concepteurs de sites et d’applis.

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TEA, ebook, le choix du modèle ouvert

Qui, au moment d’acheter une liseuse n’a pas comparé non seulement la machine, mais aussi l’offre éditoriale sachant que ce choix engage dans une dépendance au fournisseur choisi ? L’initiative de Decitre (partagée par Cultura, Rueducommerce et Smile) d’offrir une plateforme ouverte (opensource) vise à ouvrir une brèche dans la domination des systèmes propriétaires fermés offerts principalement par Amazon et Apple. Il s’agit là d’un enjeu économique, politique et culturel de premier plan. The ebook Alternative ou  « tea » est sensée apporter une solution à toute la chaîne de lecture :

  • Aux éditeurs  dont la diffusion du catalogue échappera aux exigences des écosystèmes fermés,
  • aux libraires et distributeurs qui ont là accès à un outil personnalisable permettant de promouvoir leurs conseils, leurs rayons et leurs ventes moyennant redevance bien sûr,
  • aux lecteurs enfin dont le choix pourra se faire à terme chez n’importe quel distributeur pour n’importe quelle machine et n’importe quel écran en en changeant à volonté. Le lecteur doit pouvoir selon G. Decitre « lire, manipuler et commenter les livres numériques où il veut, quand il veut et comme il veut, indépendamment du distributeur et du matériel de lecture » ; une belle profession de foi soutenue dans un manifeste du lecteur qui accompagne l’initiative.

Si l’on hésitait encore à s’engager dans l’un ou l’autre écosystème, peut-être cette initiative apporte t-elle une réponse par une  liberté et une flexibilité bien plus proche de l’esprit du web.

Dans cet esprit, Decitre complète son positionnement en  lançant entrée livre, site communautaire à la conception duquel nous avons collaboré avec Extrême Sensio, site de partage des lectures ouvert à tous lecteurs, libraires et auteurs. Il reste à voir comment cette initiative va monter en puissance. Après tout d’abord le Bookeen de Cybook , Kobo et iPad devraient permettre l’accès à TEA vers le milieu de l’année. Il restera Amazon, dont la liseuse Kindle Fire n’est pas encore distribuée en France. A suivre…

 

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e-commerce 2011, tableau de bord

la Fevad et médiamétrie ont publié les chiffres du e-commerce au quatrième trimestre 2011 ; où l’on voit que, comme annoncé, la domestication du cyber achat continue à progresser en France à un rythme soutenu. Le mouvement de rattrapage par rapport aux pays européens les plus avancés dans ce domaine, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, se poursuit. Avec 14 achats pour 1250 € par an et par cyberacheteur en moyenne, la césure acheteur – cyberacheteur est en voie de disparition.

Tous les indicateurs sont au vert même si certains peuvent être en trompe l’œil, car gonflés par la croissance du nombre de cybermarchands. Seul bémol, le panier moyen recule. Les chiffres fournis ne permettent pas de déterminer les parts respectives de la crise et de l’évolution de la structure de l’offre et des prix.

Enfin, même si les ventes sur l’internet mobile ne représentent que 2 à 3% du chiffres d’affaires, le m-commerce décolle.

FEVAD : e-commerce 2011

© Marie Serindou : d'après les chiffres de la FEVAD (2011)

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Kindle, Kobo, Cybook et les autres. Les liseuses numériques, outils d’une mutation

 

Image de la Liseuse de Fragonard

La Liseuse de Fragonard

Fin d’un monde  ou nouveau monde ? Mutation ou révolution ? La liseuse de Fragonard pourrait-elle bientôt apparaître comme un témoin d’un mode de lecture révolu ? C’est un fait annoncé, avec l’arrivée en France du poids lourd Amazon et son Kindle, le développement de l’offre et de prix stratégiques, la lecture sur support numérique devrait décoller en France, après un démarrage un peu poussif, tout comme elle a décollé en peu de temps aux US en trouvant des lecteurs satisfaits et fidèles. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien là d’une très profonde mutation qui conjugue nouvelle technologie et nouvelle morphologie, mode d’écriture et support, de la même façon que le passage de la tablette gravée au papyrus, puis au codex et à l’impression. Je me livre donc ici à un tour d’horizon non exhaustif de quelques premières questions soulevées par cette mutation.

 

Quel impact sur nos pratiques ?

Il ne s’agit plus de fureter mais de naviguer, plus de toucher et de feuilleter mais de cliquer et de zapper. Il ne s’agit plus de sortir (chez son libraire) mais de s’asseoir près d’un spot WiFi pour télécharger (en une minute) puis de s’asseoir ou de s’allonger pour lire pour l’instant essentiellement des livres papier numérisés. Il ne s’agit plus d’emporter un livre en week-end, mais toute sa bibliothèque…

 

Quoi de plus avec les liseuses actuelles ?

 

Les possibilités de marquer, corner, surligner, annoter sont conservées et facilement mises en œuvre. Dès lors que l’on prend en compte l’étendue de la bibliothèque stockable, bien plus fournie que celle d’un français moyen…et transportable, l’avantage est manifeste ; de même si l’on considère la présence de dictionnaires intégrés et la recherche rapide par mots-clés ; à noter aussi le prix inférieur de la version numérique des ouvrages, la disponibilité de nombreux classiques à des prix dérisoires voire gratuits. Par ailleurs, les changements de police, de caractères ou de mise en page permettent une accessibilité renforcée. Côté éditeurs, rien ne permet désormais de retarder des retirages d’ouvrages anciens ou peu diffusés à très faible coût et sans invendus.

 

Mais alors quoi de moins ?

 

La sensation d’être prisonnier d’un système fermé sur Amazon ou sur la FNAC par exemple, et les comportements futurs de ces acteurs sont loin d’être connus ; le fait que le livre numérique ne puisse être prêté ni échangé, ni transféré, mais que l’objet qui le contient soit lui « perdable » ou « volable » emportant avec lui la bibliothèque. On peut aussi être gêné par l’uniformisation que les liseuses actuelles confèrent aux différents types d’ouvrage. l’affaiblissement sensoriel lié à la disparition des nuances du toucher, de l’odeur et de la structure du papier gênera sans aucun doute les amoureux du livre papier qui sont encore très nombreux, mais quid des générations élevées à l’écran ?

 

Que restera t-il du livre papier ?

 

Nul ne peut aujourd’hui faire un pronostic fiable. Dans un premier temps, il semble que les ventes papier ne se portent pas si mal aux Etats-Unis, encore que… Les encyclopédies, beaux livres, ouvrages universitaires, ouvrages de fond sont encore très majoritairement diffusés sur papier, peut-être parce qu’encore mal adaptés au nouveau format. Mais bien peu de libraires pourront dorénavant se contenter de ne vendre que des livres… La diffusion des e-books explose aux US tant dans les ventes qui dépassent depuis plusieurs mois celles des livres de poche que dans la dotation déjà étonnamment élevée des bibliothèques municipales ou universitaires. Que de chemin à parcourir en France ! A ce rythme, devant quelle bibliothèque poseront nos « sachants » (ou ceux qui tentent de donner le change) dont les murs couverts de livres manifestaient le pouvoir – voir nos présidents de De Gaulle à Pompidou, Mitterrand et Sarkozy – Il reste à inventer la liseuse statutaire ou l’objet symbole qui remplacera les étagères ( avis aux designers ! )

 

Quel avenir pour ces liseuses numériques ?

 

Il faudra quelques années, quelques décennies peut-être pour mesurer le chemin parcouru au fur et à mesure de l’arrivée de générations lisant sur écran depuis l’école et des progrès technologiques : Bientôt l’écran souple, l’écran haptique (et plus tard peut-être une intégration au corps). Pour le moment très proches de l’organisation du livre, ces nouveaux outils – encore des objets transitionnels ? – semblent adoptés très facilement compte tenu de leur interfaces intuitives. L’écran couleur quant à lui est déjà proposé notamment par Barnes et Noble avec son Nook aux US.

 

Enfin quel impact sur ce que nous lirons ?

 

L’essentiel de ouvrages disponibles consiste actuellement en des livres numérisés. Il est difficile d’imaginer si et comment l’écriture et les contenus proposés évolueront lorsque des écrivains exploiteront les possibilités du numérique. Nul doute qu’au fur et à mesure que l’écriture cherchera à exploiter toutes ces possibilités, l’hypertexte, le multimédia, de nouvelles formes de création littéraire émergeront et seront accompagnées par des évolutions des interfaces. Sur le plan de la diffusion des oeuvres, le poids et le comportement des géants comme Amazon, qui vient aussi de se lancer comme éditeur et peut donc tout faire, questionnent quant au contrôle de fait qu’ils pourraient exercer sur ce que l’on nous donne à lire et comment on le propose. Le comportement d’Apple qui censure certaines applications et impose sans discussion des redevances avantageuses pour accéder à ses supports ne plaide pas pour trop de naïveté.

 

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Steve Jobs est mort. Comment son imaginaire technologique nous a rencontré au travers d’Apple.

L'hommage, en Une, de Libération à Steve Jobs

Logotype utilisé en une du journal « Libération » : hommage à Steve Jobs

 

Quand j’ai acheté mon iPhone, puis mon ipad, je ne savais pas que j’en avais besoin…Cela pourrait être une explication de ce qui vaut à Steve Jobs, fondateur d’Apple, un hommage quasi unanime pour son apport dans l’industrie du numérique voire pour avoir changé la vie. Il y a là quelque chose de religieux (voir mon précédent billet) dans la prosternation, dans la dévotion que lui vouent certains et dans les cérémonies vues devant certains magasins Apple, Alors un gourou ? un génie ? Plus sûrement, en plus d’être un homme d’affaires, quelqu’un dont l’imaginaire a rencontré une attente non formulée, mais forte, de réenchantement du monde. Dans quelles conditions cet imaginaire a t-il rencontré cette attente au point même de paraître devancer  le besoin ?

 

Une piste de réponse se trouve dans les travaux du GRETECH-Paris-Sorbonne et dans ceux de  Michel Maffesoli. Tout au long de l’ère industrielle, le développement d’abord porteur de progrès des sciences et des techniques, de la mécanisation, et des transports, finit par amener progressivement à un désenchantement du monde marqué par une profonde mutation des relations sociales, à une atomisation de la société, au déracinement et à l’isolement. Et 150 ans plus tard ( c’est l’ordre de durée estimée de ces cycles de désenchantement-réenchantement ), on assiste à la fin accélérée de ce moment culturel débuté au dix-neuvième siècle.

 

Lorsqu’arrivent les technologies du numérique dans cette fin de cycle, elles rencontrent donc une attente de réenchantement soutenue par une sorte de nostalgie des liens sociaux perdus idéalisés. L’attrait constaté pour les événements collectifs, les événements de foule, naît de cette attente. La technologie devient le meilleur réceptacle de ces attentes dans lesquelles elle s’inscrit. Dès lors les espaces virtuels, les espaces communautaires en particulier, permettant l’échange et le partage, offrent la possibilité d’un territoire commun qui comble l’ennui et l’angoisse de l’isolement en réchauffant le lien social.

 

La force de Steve Jobs a été de comprendre, ou pour le moins de sentir cette attente. Les progrès de la technologie aidant, il a compris que la machine ne devait être le contraire d’une entrave ou d’une difficulté supplémentaire pour le lien social. En proposant des interfaces intuitives, des machines utilisables sans mode d’emploi, parce qu’inutile, là où des concurrents confondaient performance et complexité, il a permis un réchauffement du lien homme-machine face à la froideur des notices techniques. Depuis, macIntosh, iPod, iPad et compagnie ont pu s’inscrire comme une simple prothèse d’un individu désormais connecté.

 

Alors Apple pourra t-il poursuivre dans cette voie ? Y a-t-il d’autres vigies dotées comme Steve Jobs d’un imaginaire susceptible de rencontrer des attentes non formulées et de se fondre dans les mutations sociales ?  Nous n’en savons rien. Mais le virage imposé par Jobs a modifié définitivement l’approche des usages. Le numérique n’a pas fini de produire ses effets, nous ne sommes qu’au début du cycle, mais n’en doutons pas, il produira aussi son lot de désenchantement…dans un siècle ou un peu plus si la durée du cycle est conforme à l’histoire passée…ou bien avant si l’accélération sociale, d’ailleurs portée par le numérique, se confirme…

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Facebook, les réseaux sociaux et nos vies en 2011 ; quels bénéfices et quels dommages pour nos relations sociales ?

Social networking sites and our lives, c’est le titre de l’étude du Pew Research Center (85 pages) réalisée en 2010 aux Etats-Unis et parue  en juin 2011 sur l’impact social de l’utilisation des réseaux sociaux parfois accusés de fragmenter le corps social, d’isoler l’individu et de le placer hors-sol. Encore une avalanche de chiffres donc, mais comme l’écrit Olivier Ertzscheid, Les chiffres, leur interprétation et leur mise en scène sont un moyen privilégié pour décrire, dominer et mieux comprendre la réalité non tangible. Quelle que soit leur valeur, ils influent sur notre perception de la réalité et sur la réalité elle-même, celle qui sera prise en compte dans l’attention que lui prêtera chacun d’entre nous, mais aussi par les médias, les agences et les entreprises. Alors va pour quelques chiffres que j’ai choisis et qui, s’ils concernent les Etats-Unis, n’en sont pas moins intéressants par les grandes lignes qu’ils traduisent.

 

  • La population d’utilisateurs des réseaux sociaux, qui aurait doublé depuis 2008, vieillit au delà du simple glissement lié au vieillissement des utilisateurs. L’utilisation s’étend à des générations plus âgées comme le montre le passage de l’âge moyen de 33 ans en 2008 à 38 ans en 2010. Pour d’autres médias, cela suffirait à susciter l’émergence de nouveaux réseaux distinguant les jeunes. L’individualisation des usages permet de garder ensemble toutes les générations.
  • Facebook est bien le réseau ultra-dominant (92% des inscrits sur des réseaux sociaux, non exclusifs certes, mais tout de même. Le trafic total (voir les calculs d’O. Ertzscheid) est impressionnant. Sorti depuis longtemps du milieu universitaire, Facebook touche tous les niveaux d’éducation, tout comme Twitter. Ce n’est pas le cas de LinkedIn, très majoritairement fréquenté par des membres de niveau d’éducation supérieure, ce qui n’est pas une surprise compte tenu du positionnement de chacun de ces réseaux.
  • Plus de 50% des inscrits fréquentent quotidiennement ou pluriquotidiennement Facebook avec une proportion plus élevée de jeunes et de femmes. Mais qu’y font-ils ? Liking et commentaires représentent l’activité principale exercée par 20 à 25% des usagers de Facebook, loin devant la production de contenus, mise à jour du profil. (voir répartition sexuée ci-dessous)

 

Graphique des utilisateurs Facebook selon le sexe et les utilisations quotidiennes

 

  • Sur Facebook, le comportement est sexué (voir graphique précédent). Non seulement les femmes y sont plus nombreuses, mais la fréquence de leurs activités y est plus grande pour tous les usages. Apporteraient-elles un soin plus grand à l’entretien de leurs relations, combleraient-elles un penchant pour le phatique ?…
  • les amis Facebook (en moyenne 229 par compte) ne sont pas confinés à un cercle étroit, mais se recrutent dans tout l’éventail des relations possibles.

 

Origine des amis Facebook

 

  • Les amis Facebook ne sont pas que virtuels. Une idée déjà largement battue en brèche, mais encore vivace dans certains esprits. Les amis Facebook sont le plus souvent conséquence d’une rencontre physique (ou prélude ? ).

 

Les amis Facebook ne sont pas que virtuels

 

Les utilisateurs de réseaux sociaux ne sont ni isolés ni amputés de leurs relations sociales « réelles ».

Parmi de complexes tableaux de chiffres, se dégagent 3 tendances :

-   Les utilisateurs d’Internet ont des relations plus proches et déclarent davantage de confidents.

Nombre moyen de confidents par typologie d'utilisateursA noter que les utilisateurs de Facebook tendent à avoir davantage encore de confidents dès lors que leur utilisation du service augmente.

-    Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook font davantage confiance aux autres que les utilisateurs d’autres réseaux et davantage encore que les non utilisateurs d’Internet.

-    Les utilisateurs de Facebook se soutiennent mutuellement davantage matériellement et moralement que ceux des autres réseaux et que les non utilisateurs d’Internet.

 

  • Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook sont plus engagés politiquement. On ne peut s’empêcher de penser au rôle des réseaux sociaux dans les mouvements sociaux et politiques de ces dernières années et de leur potentiel dans la formation et l’exercice de la citoyenneté.

 

Tous ces résultats permettent au Pew de conclure que rien ne permet d’affirmer que l’usage des réseaux sociaux puisse être associé à un recul de la taille et de la diversité du réseau de relations d’un individu. On constate plutôt le contraire, même si l’étude montre que dans tous les cas le niveau d’éducation interfère et « améliore » parfois considérablement le niveau des chiffres obtenus. Les réseaux permettent de raviver des relations anciennes ou essoufflées, d’entretenir leur proximité. Rien ne démontre l’enfermement dans un réseau de pensée ou de personnes homogènes. Il faut admettre que les relations que nous entretenons sur les réseaux recopient pour une grande part celles que nous avons hors réseau. Les changements de modalités de ces relations amplifient, intensifient (ou affaiblissent) certains aspects. S’ils peuvent déconcerter certains, ils n’ont pas tous les défauts qu’ils leur prêtent. Question de génération ?

 

Mais pour autant, et quelle que soit la confiance qu’on peut accorder aux chiffres, et quel que soit le degré de pertinence de leur transposition en Europe, cela règle t-il les débats sur le sens du mot ami, sur la qualité des liens, faibles ou forts, sur l’identité, l’effet miroir.. ? sur la solitude communicante ou la loi de proximité inverse de Virilio qui fait du voisin l’étranger et du lointain l’ami ? Il s’agit là de questions d’ordre plus philosophique voire anthropologique dont les réponses sont bien plus complexes.

 

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