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Honni soit qui mal y pense. La tentation Free malmène Bouygues, Orange et SFR.

Google Tendances -requêtes Google concernant les mots-clés : "résiliation Orange", "résiliation SFR", "résiliation Bouygues"

 

Google Tendances révèle l’impact premier de l’arrivée de Free sur le mobile. Le jour même de la conférence très cash de Niel, les requêtes « résiliation » sur Google sont multipliées par un facteur d’ordre dix pour les trois grands opérateurs. Une véritable réaction émotive : Vite ! Comment quitter mon opérateur actuel ? Même si le passage à l’acte n’est pas pour tout de suite, on y pense immédiatement. De quoi faire peur aux opérateurs en place et les inciter à téléphoner à leurs clients pour leur proposer un nouveau forfait avant qu’ils ne décident de partir pour de vrai.

 

L’émotion et le buzz retombent quelque peu, mais les requêtes « résiliation » demeurent encore très significatives. Après les geeks, les freenautes et les early adopters, la réflexion va gagner plus lentement le grand public. Les opérateurs dits historiques, un peu sonnés et tout à coup vieillis, disposent encore d’un épais matelas de clients engagés, y compris depuis peu à Noël, période traditionnelle d’achat de mobiles. Ils lancent leurs contre-attaques tarifaires et commencent à communiquer sans trop de retenue sur les faiblesses vraies ou supposées de Free.

 

Bref, la lutte ne fait que commencer et se concentrera sûrement, au delà des prix, autour de la tenue des promesses, de la qualité du réseau et des services, mais aussi autour de l’innovation. Free, qui vise 25% de la clientèle, s’en est montré jusque là le champion et va bénéficier pour un temps au moins, et sauf fautes de sa part, de l’avantage d’avoir tiré le premier. A suivre donc…

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Kindle, Kobo, Cybook et les autres. Les liseuses numériques, outils d’une mutation

 

Image de la Liseuse de Fragonard

La Liseuse de Fragonard

Fin d’un monde  ou nouveau monde ? Mutation ou révolution ? La liseuse de Fragonard pourrait-elle bientôt apparaître comme un témoin d’un mode de lecture révolu ? C’est un fait annoncé, avec l’arrivée en France du poids lourd Amazon et son Kindle, le développement de l’offre et de prix stratégiques, la lecture sur support numérique devrait décoller en France, après un démarrage un peu poussif, tout comme elle a décollé en peu de temps aux US en trouvant des lecteurs satisfaits et fidèles. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien là d’une très profonde mutation qui conjugue nouvelle technologie et nouvelle morphologie, mode d’écriture et support, de la même façon que le passage de la tablette gravée au papyrus, puis au codex et à l’impression. Je me livre donc ici à un tour d’horizon non exhaustif de quelques premières questions soulevées par cette mutation.

 

Quel impact sur nos pratiques ?

Il ne s’agit plus de fureter mais de naviguer, plus de toucher et de feuilleter mais de cliquer et de zapper. Il ne s’agit plus de sortir (chez son libraire) mais de s’asseoir près d’un spot WiFi pour télécharger (en une minute) puis de s’asseoir ou de s’allonger pour lire pour l’instant essentiellement des livres papier numérisés. Il ne s’agit plus d’emporter un livre en week-end, mais toute sa bibliothèque…

 

Quoi de plus avec les liseuses actuelles ?

Les possibilités de marquer, corner, surligner, annoter sont conservées et facilement mises en œuvre. Dès lors que l’on prend en compte l’étendue de la bibliothèque stockable, bien plus fournie que celle d’un français moyen…et transportable, l’avantage est manifeste ; de même si l’on considère la présence de dictionnaires intégrés et la recherche rapide par mots-clés ; à noter aussi le prix inférieur de la version numérique des ouvrages, la disponibilité de nombreux classiques à des prix dérisoires voire gratuits. Par ailleurs, les changements de police, de caractères ou de mise en page permettent une accessibilité renforcée. Côté éditeurs, rien ne permet désormais de retarder des retirages d’ouvrages anciens ou peu diffusés à très faible coût et sans invendus.

 

Mais alors quoi de moins ?

La sensation d’être prisonnier d’un système fermé sur Amazon ou sur la FNAC par exemple, et les comportements futurs de ces acteurs sont loin d’être connus ; le fait que le livre numérique ne puisse être prêté ni échangé, ni transféré, mais que l’objet qui le contient soit lui « perdable » ou « volable » emportant avec lui la bibliothèque. On peut aussi être gêné par l’uniformisation que les liseuses actuelles confèrent aux différents types d’ouvrage. l’affaiblissement sensoriel lié à la disparition des nuances du toucher, de l’odeur et de la structure du papier gênera sans aucun doute les amoureux du livre papier qui sont encore très nombreux, mais quid des générations élevées à l’écran ?

 

Que restera t-il du livre papier ?

Nul ne peut aujourd’hui faire un pronostic fiable. Dans un premier temps, il semble que les ventes papier ne se portent pas si mal aux Etats-Unis, encore que… Les encyclopédies, beaux livres, ouvrages universitaires, ouvrages de fond sont encore très majoritairement diffusés sur papier, peut-être parce qu’encore mal adaptés au nouveau format. Mais bien peu de libraires pourront dorénavant se contenter de ne vendre que des livres… La diffusion des e-books explose aux US tant dans les ventes qui dépassent depuis plusieurs mois celles des livres de poche que dans la dotation déjà étonnamment élevée des bibliothèques municipales ou universitaires. Que de chemin à parcourir en France ! A ce rythme, devant quelle bibliothèque poseront nos « sachants » (ou ceux qui tentent de donner le change) dont les murs couverts de livres manifestaient le pouvoir – voir nos présidents de De Gaulle à Pompidou, Mitterrand et Sarkozy – Il reste à inventer la liseuse statutaire ou l’objet symbole qui remplacera les étagères ( avis aux designers ! )

 

Quel avenir pour ces liseuses numériques ?

Il faudra quelques années, quelques décennies peut-être pour mesurer le chemin parcouru au fur et à mesure de l’arrivée de générations lisant sur écran depuis l’école et des progrès technologiques : Bientôt l’écran souple, l’écran haptique (et plus tard peut-être une intégration au corps). Pour le moment très proches de l’organisation du livre, ces nouveaux outils – encore des objets transitionnels ? – semblent adoptés très facilement compte tenu de leur interfaces intuitives. L’écran couleur quant à lui est déjà proposé notamment par Barnes et Noble avec son Nook aux US.

 

Enfin quel impact sur ce que nous lirons ?

L’essentiel de ouvrages disponibles consiste actuellement en des livres numérisés. Il est difficile d’imaginer si et comment l’écriture et les contenus proposés évolueront lorsque des écrivains exploiteront les possibilités du numérique. Nul doute qu’au fur et à mesure que l’écriture cherchera à exploiter toutes ces possibilités, l’hypertexte, le multimédia, de nouvelles formes de création littéraire émergeront et seront accompagnées par des évolutions des interfaces. Sur le plan de la diffusion des oeuvres, le poids et le comportement des géants comme Amazon, qui vient aussi de se lancer comme éditeur et peut donc tout faire, questionnent quant au contrôle de fait qu’ils pourraient exercer sur ce que l’on nous donne à lire et comment on le propose. Le comportement d’Apple qui censure certaines applications et impose sans discussion des redevances avantageuses pour accéder à ses supports ne plaide pas pour trop de naïveté.

 

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Steve Jobs est mort. Comment son imaginaire technologique nous a rencontré au travers d’Apple.

L'hommage, en Une, de Libération à Steve Jobs

Logotype utilisé en une du journal "Libération" : hommage à Steve Jobs

 

Quand j’ai acheté mon iPhone, puis mon ipad, je ne savais pas que j’en avais besoin…Cela pourrait être une explication de ce qui vaut à Steve Jobs, fondateur d’Apple, un hommage quasi unanime pour son apport dans l’industrie du numérique voire pour avoir changé la vie. Il y a là quelque chose de religieux (voir mon précédent billet) dans la prosternation, dans la dévotion que lui vouent certains et dans les cérémonies vues devant certains magasins Apple, Alors un gourou ? un génie ? Plus sûrement, en plus d’être un homme d’affaires, quelqu’un dont l’imaginaire a rencontré une attente non formulée, mais forte, de réenchantement du monde. Dans quelles conditions cet imaginaire a t-il rencontré cette attente au point même de paraître devancer  le besoin ?

 

Une piste de réponse se trouve dans les travaux du GRETECH-Paris-Sorbonne et dans ceux de  Michel Maffesoli. Tout au long de l’ère industrielle, le développement d’abord porteur de progrès des sciences et des techniques, de la mécanisation, et des transports, finit par amener progressivement à un désenchantement du monde marqué par une profonde mutation des relations sociales, à une atomisation de la société, au déracinement et à l’isolement. Et 150 ans plus tard ( c’est l’ordre de durée estimée de ces cycles de désenchantement-réenchantement ), on assiste à la fin accélérée de ce moment culturel débuté au dix-neuvième siècle.

 

Lorsqu’arrivent les technologies du numérique dans cette fin de cycle, elles rencontrent donc une attente de réenchantement soutenue par une sorte de nostalgie des liens sociaux perdus idéalisés. L’attrait constaté pour les événements collectifs, les événements de foule, naît de cette attente. La technologie devient le meilleur réceptacle de ces attentes dans lesquelles elle s’inscrit. Dès lors les espaces virtuels, les espaces communautaires en particulier, permettant l’échange et le partage, offrent la possibilité d’un territoire commun qui comble l’ennui et l’angoisse de l’isolement en réchauffant le lien social.

 

La force de Steve Jobs a été de comprendre, ou pour le moins de sentir cette attente. Les progrès de la technologie aidant, il a compris que la machine ne devait être le contraire d’une entrave ou d’une difficulté supplémentaire pour le lien social. En proposant des interfaces intuitives, des machines utilisables sans mode d’emploi, parce qu’inutile, là où des concurrents confondaient performance et complexité, il a permis un réchauffement du lien homme-machine face à la froideur des notices techniques. Depuis, macIntosh, iPod, iPad et compagnie ont pu s’inscrire comme une simple prothèse d’un individu désormais connecté.

 

Alors Apple pourra t-il poursuivre dans cette voie ? Y a-t-il d’autres vigies dotées comme Steve Jobs d’un imaginaire susceptible de rencontrer des attentes non formulées et de se fondre dans les mutations sociales ?  Nous n’en savons rien. Mais le virage imposé par Jobs a modifié définitivement l’approche des usages. Le numérique n’a pas fini de produire ses effets, nous ne sommes qu’au début du cycle, mais n’en doutons pas, il produira aussi son lot de désenchantement…dans un siècle ou un peu plus si la durée du cycle est conforme à l’histoire passée…ou bien avant si l’accélération sociale, d’ailleurs portée par le numérique, se confirme…

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Japan earthquake shakes Twitter users ou quand Twitter va plus vite…

La communication publiée sous le titre ci-dessus en 2010 par des chercheurs de l’université de Tokyo prend du relief avec le récent séisme au Japon. On sait déjà combien Twitter peut permettre de transmettre et d’agréger des infos, des sentiments voire des foules en temps réel ou quasi-réel. Cette étude cherche à montrer qu’il pourrait aussi être utilisé comme système de détection d’événements et d’alerte. De quoi s’agit-il ?


L’observation montre que chaque événement important est relayé en temps réel par un nombre significatif de tweets. C’est le cas d’un séisme. Chaque utilisateur de Twitter se comporte alors comme un capteur qui saisit et transmet une information. Le monitoring des messages associé à un algorithme adapté permettent l’identification et l’analyse sémantique de mots-clés et du contexte de ces messages. On peut ainsi détecter le séisme et lui attribuer une localisation spatiale et temporelle. Dès que le système extrait l’information, il la transmet automatiquement par mail aux souscripteurs du service qui la reçoivent avant l’alerte officielle et potentiellement même avant l’arrivée des vibrations qui, elles, ne se propagent « qu’à » quelques km/s. Selon les auteurs de l’étude, 96% des séismes d’intensité 3 et plus auraient ainsi été détectés. (à consulter la communication)


Même si cela paraît dérisoire au regard de l’ampleur de la catastrophe japonaise, on peut être fasciné par le fait qu’un capteur social puisse en quelque sorte court-circuiter les capteurs techniques habituels ; l’extension et la puissance des réseaux permettent à l’immatérialité des flux de communication en temps réel de prendre l’avantage. Pourrait-on extrapoler ce qui est possible pour les séismes à la détection d’événements politiques, sociaux, météo, accidentels, … à partir de Twitter et à une automatisation de l’élaboration et de la diffusion de l’information en temps réel (type dernières nouvelles – breaking news) ? L’exploitation de Twitter non seulement comme réseau, mais comme média pose certes des problèmes complexes, mais certains y travaillent. On voit bien les objections : quid des sources, de la hiérarchisation, des manipulations ? quelle place pour l’analyse face à l’émotion ? etc…


Comme l’a pointé depuis déjà longtemps Paul Virilio, la vitesse technologique est désormais très supérieure à celle du temps humain, et l’écart ne fait que croître. Il y a désynchronisation entre la vitesse de circulation de l’information et nos capacités d’action ou de réaction. Cette course à la vitesse semble pourtant inséparable de la course à la puissance dans laquelle nous sommes irréversiblement ( ?) engagés ; et Virilio et quelques autres de rappeler qu’en inventant un processus, on invente l’accident associé ; et que la puissance de l’un et de l’autre croissent parallèlement. Prudence, donc…

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Facebook révolution, ou domestication ? deux visages des réseaux sociaux

J’ai noté ces derniers jours dans la presse le télescopage de deux approches des usages des réseaux sociaux a priori sans rapports directs mais qui, placées l’une en regard de l’autre, illustrent bien  leur ambivalence… D’un côté rangés parmi les instruments de la libération de tout un peuple, ces outils sont, d’un autre côté, vus comme des instruments potentiels de contrôle.


D’un côté donc, la mise en exergue par les médias (ici et par exemple) du rôle de Twitter et surtout de Facebook dans le déclenchement, l’amplification et la coordination des révoltes de Tunisie et d’Egypte. Une Facebook révolution ? Sans surévaluer le rôle de ces réseaux sociaux compte tenu de leur taux de pénétration (encore qu’en Tunisie…) et des strates de population touchées, il semble bien qu’ils aient constitué un moyen de contourner les institutions, les dispositifs de censure et de surveillance, un outil d’expression personnelle (petit clin d’oeil Facebook repris sur le blog tunisien de Nawras) et de libération en quelque sorte. On a vu utiliser le terme de cyberrésistance, pu suivre les més-aventures d’un responsable marketing Google et la nomination d’un blogueur résistant comme ministre. Il n’est pas contestable non plus qu’internet a constitué une source essentielle d’information -Voir par exemple sur Google Tendances l’explosion des requêtes « Ben Ali » à Tunis les 14 et 15 janvier, jour de son départ –


D’un autre côté, Alex Turk, président de la CNIL, qui nous redit ni plus ni moins dans le Monde du 8/02 ce qu’il dit depuis longtemps : « des dangers lourds nous menacent en lien avec la géolocalisation ». la CNIL pense bien sûr aux réseaux de type Aka-aki, Foursquare, Latitude, géo-tweet, Facebook Lieux et quelques autres, et aussi aux multiples applications qui nous proposent (yes or no ?) la géolocalisation pour exprimer tout leur intérêt avec des procédures d’opt in/opt out parfois mal définies. De type check-in, ou davantage encore de type tracking, tous ces signalements de position ne font qu’ajouter à notre empreinte numérique déjà forte (on se souvient de l’histoire de Jules). Plus récemment le site provocateur pleaserobme (en ce moment en sommeil) annonce l’absence du propriétaire aux voleurs à partir de relevés sur Foursquare et Twitter. Mais la tendance est lourde, la géolocalisation est un puissant outil de marketing direct au service de stratégies adaptées au développement des terminaux mobiles (par exemple la très simple offre McDo : 3 géolocalisations en 72h au McDo sur Lieux = un sandwich gratuit)… Ce pourrait être demain un outil au service d’objectifs peu louables dans un monde panoptique, un instrument de contrôle et de domestication.


D’un côté donc, tout ce que l’on peut attendre du développement des médias de masse ; il est très difficile, voire irréaliste aujourd’hui de maintenir des structures strictement verticales et d’ignorer l’expression des idées de chacun aisément et instantanément disséminées par le réseau. L’entreprise l’a (souvent) compris, les états parfois moins. D’un autre côté, la porosité croissante entre vie publique et vie privée (jusqu’à leur confusion ? L’attitude de Facebook à ce sujet est plus qu’ambigüe) questionne effectivement quant au contrôle social. Au delà de l’éducation de chacun et de l’autocontrôle, on peut certes penser que les réactions des internautes contrôleront les abus, mais les états de droit devront sans doute légiférer rapidement sur l’utilisation des données personnelles, leur propriété et leur accès. Il n’y a pas de médaille qui n’ait son revers…


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Metrics et sentiments 2010 : Noël, la grippe et le bonheur national brut

Nous voici à la fin de cette année. Et savez-vous ce qui nous (vous ?) a rendu les plus heureux en 2010 ? Si l’on en croit le Gross national happiness index de Facebook autrement dénommé indice de bonheur national brut en français, c’est tout simplement…Noël ! C’est vrai aux USA, mais aussi entre autres, en Allemagne, en Italie et en Belgique. On peut extrapoler sans risques le résultat  à la France. A noter que Noël suscite aussi un pic négatif certes bien modeste au regard du pic positif, mais tout de même ; je vous laisse à vos interprétations…
Comme désormais un grand nombre d’instruments, celui-ci essaie de quantifier et de caractériser l’état émotionnel d’un collectif et s’inscrit dans l’utilisation du net comme système nerveux virtuel. Des filtres sémantiques (on perçoit bien les enjeux que représente la mise au point des « bonnes » combinaisons) permettent d’attribuer des valeurs positives ou négatives, éventuellement pondérées, aux termes employés sur facebook. Il en résulte un graphique sensé traduire l’état d’esprit, l’humeur, l’état émotionnel des utilisateurs, dont on sait qu’ils représentent un échantillon représentatif de la population par le nombre au moins. A titre d’exemple, on peut noter un grand coup de déprime le 25 juin 2009 (rappelez-vous !). Alors qu’est-ce qui pourrait venir troubler notre bonheur en cette fin d’année ?
La grippe bien sûr ! Les médias s’en font l’écho depuis quelques jours avec du retard sur…Flu trends, le site bien connu sur lequel vous pouvez suivre au jour le jour la propagation de la maladie à partir de la popularité de mots-clés soumis aux moteurs de recherche. Tapez grippe dans Google tendances et vous verrez confirmé l’intérêt croissant des internautes ces derniers jours pour  des recherches relatives à la grippe. Et c’est cette propension à rechercher des infos sur la maladie avant même de consulter un médecin, ainsi que le recueil et l’analyse des données en temps réel qui donne à Google de l’avance sur les réseaux médicaux de surveillance ; Et les résultats donnés par Flu Trends bénéficient d’une bonne fiabilité, confirmée par des études menées et publiées dans Nature, la revue scientifique de référence. Là encore, le Net comme système nerveux virtuel collectif…

Alors, meilleurs voeux et beaucoup de bonheur pour 2011 !


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Internet mobile à l’horizon 2014

Une étude de Capgemini publiée en juillet 2010 pour le SRI (syndicat des régies internet) montre la forte croissance du mobile qui sera le premier point d’accés à internet en 2014 en France. Cela rejoint l’étude de Gartner début 2010, dans laquelle il annonce que dès 2013, le nombre de smartphones et de mobiles connectables devrait dépasser le nombre de PC. Cela induit bien que le mobile en général devienne le premier moyen d’accès potentiel à Internet. Ce développement devrait contribuer à permettre potentiellement à 3 milliards d’adultes d’effectuer des transactions électroniques (internet mobile ou PC) à partir de 2014.

L’augmentation du taux de pénétration de l’internet mobile s’inscrit dans une évolution logique. Du téléphone à fil à la cabine puis au mobile, du desktop au portable et à la plaquette, de l’interface mécanique à des interfaces tactiles, la tendance incontournable est à l’autonomisation de l’univers de la communication, à l’adaptation des interfaces à une utilisation plus instinctive, à l’intégration au corps de prothèses extensives permanentes, autonomisation et intégration étant bien sûr corollaires l’une de l’autre. Rien de surprenant donc dans les prévisions de Gartner et dans celle de Capgemini

La première conséquence est évidente : on voit bien sûr l’intérêt qu’il y a à concevoir des sites et des applications adaptables ou optimisés pour le format mobile, de négliger la relation avec un grand nombre, et bientôt peut-être, une majorité de ses utilisateurs et de ses clients. Toujours d’après l’étude de Capgemini, 67% des annonceurs en France envisagent d’ores et déjà le développement d’une application mobile.

Autre conséquence que pointe Gartner: là où le web, le search, permet d’extraire de l’info organisée et promue pour drainer l’attention qui remonte vers l’émetteur, le développement de l’internet mobile permet de s’adresser directement à l’utilisateur dans une stratégie moins « pull » et plus « push ». La connaissance du contexte et celle du profil de l’utilisateur prennent une importance de premier plan : localisation, motivation, fréquentation des réseaux sociaux deviennent des renseignements fondamentaux pour la segmentation et le ciblage permettant de délivrer un message personnalisé rattaché à l’expérience de cet utilisateur.

Une confirmation : Facebook, présent d’entrée sur des smartphones, sera, sauf dérapage, confirmé en 2012 comme premier hub pour le social web et l’interopérabilité des réseaux, au travers de mécanismes divers comme Facebook Connect par exemple. Cela le place en situation de premier marchand de profils. Et voilà confirmé que la gestion de la vie privée restera un grand défi pour Facebook et par ricochet pour nous aussi !

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Picasso vs numérique : une exploration de Guernica en 3D

J’ai reçu récemment d’une amie un lien concernant le travail d’une graphiste allemande, Lena Gieseke, à  l’université de Géorgie-USA… à regarder plein écran avec le son. Selon les termes de Lena, l’apport de la 3D à l’étude de Guernica offre une nouvelle perspective qui révèle des aspects cachés de l’œuvre, aide à en identifier les éléments les plus signifiants et à comprendre comment ils s’agencent pour former une œuvre cohérente. Bref, Guernica comme vous ne l’avez jamais vu.  Mais Lena pose aussi des questions relatives au statut de son travail par rapport à celui de Picasso. C’est là l’occasion de mettre en évidence des mutations apportées par le numérique dans le domaine de l’oeuvre d’art. Vous connaissez sans doute le chef-d’œuvre de Picasso, gigantesque toile de  plus de 27m2, évoquant le massacre de Guernica sous un bombardement allemand en 1937 pendant la guerre civile espagnole. Vous connaissez peut-être aussi l’émotion qu’il peut engendrer, accroché sur un mur du musée Reina Sofia de Madrid. Alors que change le numérique ?

Là où l’œil seul permet de saisir le tableau de Picasso, le travail de Lena apporte une nouvelle sensorialité. Même si l’interaction est ici passive, il naît une sensation de déplacement relatif du corps autour des figures 3D « extrudées » du tableau. Le corps est augmenté de perceptions nouvelles, le visuel se recorporalise.
Là où le tableau est un original, authentique, unique, lié à une histoire, accroché en un lieu muséal, et bénéficie donc d’une forte aura, la réalisation numérique est indéfiniment reproductible, transmissible et actualisable simultanément ou non sur une infinité d’écrans, et voit donc son aura remise en cause.
Là où, dans l’œuvre de Picasso, l’idée efface l’outil, le numérique réintroduit leur complémentarité ; et cela parce que le développement continu des possibilités du hard et du software interagissent nécessairement avec l’imagination de l’artiste.
Là où la peinture de Picasso est la trace d’une activité empirique, le travail de  Lena est une activité subordonnée à la science. Elle affronte ici une rupture avec les techniques de Picasso. Au travers du codage, tout y est langage, depuis la simulation des outils de dessin et de sculpture jusqu’aux mouvements de caméra et à l’éclairage, et aussi jusqu’à la transmission par le réseau et son actualisation sur l’écran.
Là où l’œuvre de Picasso impose une forte présence du sujet artiste, une subjectivité affirmée, la perte de la trace et du geste dans l’œuvre numérique, et aussi le filtre du langage codé imposent un affaiblissement voire une disparition du sujet. Ia singularité de l’œuvre, de l’auteur et de son point de vue sont ici peu ou pas perceptibles.

D’un point de vue plus personnel, j’ai pris plaisir à regarder ce travail graphique, mais il me semble que l’émotion perçue ne naît plus vraiment du sujet représenté, mais davantage d’une fascination pour le résultat apporté par la technique, par ce qu’elle me permet de réaliser, de voir que je n’aurais pas vu, bref d’un parfum de sublime technologique (voir Mario Costa) . quant à la musique de Manuel de Falla qui accompagne les images, a t-elle un autre sens que de servir de lien spatio-temporel entre les deux artistes et avec l’Espagne du premier tiers du XXème siècle. Et si l’on avait réalisé le même type de travail en « extrudant » une collection de hamburgers Mc Donalds à partir d’une affiche et en l’accompagnant de « Born in the USA » de Bruce Springsteen ? La question de l’œuvre d’art se serait-elle posée de la même façon ? C’est l’œuvre originelle qui appelle la différence de regard, comme un dernier signe de l’aura. Tout en présentant des caractéristiques fondamentalement différentes, la création de Lena ne coupe donc pas le cordon avec Picasso. Il manque pour cela le traitement singulier, ou le détournement qui autonomiserait son travail.

On le voit, le recul des frontières de la technique entraîne le questionnement des frontières de l’art. Le numérique oblige à reconsidérer les rapports art-sciences comme cela s’est d’ailleurs  produit à chaque innovation scientifique et technique. La mise à disposition d’outils numériques pour tous et pour tout permet l’infiltration de l’art dans toutes nos activités, ce qu’Yves Michaud appelle l’art à l’état gazeux, et contamine en retour la dimension artistique. L’esthétique de l’œuvre numérique, c’est la conjugaison du code et du sensible. Mais il ne faut pas négliger le risque qu’une œuvre se réduise à des effets technologiques. Au final, son statut se détermine d’autant plus difficilement qu’il faut prendre en compte l’absence de structure légitimante pour ce type de travail et aussi les difficultés du marché de l’art à faire son deuil de la rareté, de l’unicité de l’œuvre et peut-être de sa durabilité. Il faut aussi prendre en compte l’absence de recul. Après tout il a bien fallu un siècle pour que l’on accepte d’accoler art et photo…

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Le Home de Yann Arthus Bertrand : Peut-on habiter l’image et l’instant ?

Le home - Film

Le home - Yann Arthus Bertrand

Il y a quelques jours était diffusé Home. Le buzz retombé, il n’est peut-être pas inutile de se pencher, même brièvement, sur quelques unes des conditions de la communication qui ont accompagné la réalisation de ce film et sa diffusion à la fois en public, à la télévision , sur le net et dans le réseau commercial.

Ceux qui l’ont vu ont certainement été sensibles à la beauté désormais bien connue des images de la planète d’Arthus Bertrand. Mais quel rapport ces images entretiennent-elles avec la réalité ? Sont-elles moyen d’accès au réel ou meurtrières du réel comme le pensait Baudrillard ? Forêts, réserves naturelles, nœuds autoroutiers, alignements de containers, décharges d’ordures, tout est « beau » et magnifié par le cadrage et le traitement des couleurs. Il y a équivalence dans le traitement esthétique de ce qu’il s’agit de protéger et de ce qui le menace. Les images ne sont pas toujours montrées et regardées pour ce qu’elles disent réellement mais parce qu’elles sont à même de susciter l’émotion. Ainsi ces images de la planète, qui prennent parfois une valeur archéologique, nous placent-elles en apesanteur de l’espace et du temps, en apesanteur du réel. D’images du monde à un monde d’images, Home nourrit voire construit un imaginaire et a pour fonction de susciter l’émotion, une émotion esthétique devant une représentation du monde qui consacre la puissance de l’écran.

Quant aux conditions de la diffusion, il y a lieu là aussi de se questionner sur leurs effets. On y applique les recettes d’une bonne campagne de pub. Le net joue le rôle que l’on connaît bien. Le film diffusé sur youtube est instantanément accessible depuis quasiment n’importe quel endroit équipé et non censuré du globe et offre un temps personnel d’accès. Pour que les conditions de déclenchement d’une émotion universelle soient réunies, il s’agit ensuite de la synchroniser afin de maximiser ses effets. Et c’est là que le vieux mais efficace outil qu’est la télévision intervient. Diffuser Home quasi-simultanément dans plus de quarante pays sollicite le grand œil collectif. A ceux qui le pourraient, on propose de ressentir cette émotion au même moment dans la proximité des corps devant une projection publique sur le Champ de Mars. A ceux qui souhaiteraient partager et prolonger l’émotion, on propose au même moment encore d’acquérir à bas prix le DVD chez un leader du commerce de produits culturels. Il y a là une véritable tentative de constituer un grand cerveau collectif à même de recevoir le même message et de ressentir la même émotion simultanément.

Cette synchronisation des émotions s’inscrit dans les progrès des moyens de communication sous tous leurs aspects, les TIC en particulier. A ce sujet, paul Virilio rappelait récemment ses thèses sur la vitesse et l’image (ici sur FR3 ou sur Arte) : Concernant la synchronisation des émotions, Paul Virilio parle de communisme des affects. On pourrait plutôt sans doute parler de communion des affects, et on voit là des connotations qui ne sont pas sans références historiques avec toutes les dérives que l’on pourrait imaginer. Concernant la vitesse, celle des déplacements, mais plus encore celle des ondes électromagnétiques, celles des flux d’information, ce qu’il est convenu de nommer le temps réel transfère la réalité de l’espace et du temps vers l’instant. Or, si l’émotion est liée à l’instant, la réflexion a besoin de temps. Se plonger dans l’instant n’est pas se plonger dans le présent qui, lui, nécessite un temps et un espace. Il ne s’agit pas ici de contester le bien fondé des thèses défendues par le film d’Arthus Bertrand, mais de se demander si l’émotion de l’instant peut élever à la conscience puis à la réflexion ou si la vitesse ne nous conduit que vers l’émotion suivante. Et Virilio de rappeler la phrase d’Octavio Paz : « L’instant, comme le futur, est inhabitable ».
Souhaitons que notre Home le reste.

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La WII-attitude : sur la voie d’un corps comme construction interactive ?

wiiEn expérimentant ce week-end le dernier produit WII destiné à se maintenir en forme, j’ai retrouvé et ressenti avec acuité ce que j’avais déjà expérimenté comme spect’actrice ou créatrice d’installations interactives. J’ai pu interagir avec la machine par tout mon corps ou du moins en ai-je eu l’impression. La manette à la main ou bien dans la poche, mon corps ainsi augmenté et devenu interface m’a permis de mener un dialogue interdépendant avec la machine, d’autant plus complice que c’est mon avatar qu’elle semblait prendre en compte. Rien là de bien extraordinaire direz-vous si vous êtes coutumiers de l’interaction avec des dispositifs numériques ! certainement, mais à la réflexion, cette expérience devenue courante montre à quel point la théorie d’un corps devenu construction dynamique interactive prend du poids.

Cette approche  renouvelle la place du corps dont on sait qu’elle est intimement liée à la civilisation qui la porte. Si l’on suit la logique jusqu’au bout et si on l’accepte, alors on ne voit pas pourquoi (hormis des considérations éthiques) l’interfaçage de ce corps interactif permettant le dialogue entre l’esprit et la machine ne conduirait pas à terme à l’implantation à demeure de capteurs-émetteurs, ce qui est d’ailleurs une voie déjà effleurée. Ainsi, ce corps, intégré dans la construction du sens, pourrait-il dialoguer avec des mondes virtuels, mais aussi peut-être s’intégrer à l’internet des objets, ou si l’on préfère au réseau d’objets dont on nous promet l’avènement pour bientôt . Après les installations et déjà nombreuses expérimentations des précurseurs, ingénieurs et artistes, la WII est un des premiers systèmes introduisant à la maison la possibilité d’expérimenter ce corps interactif…

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