Category Archives: Art, société et TIC

L’expérience utilisateur au cœur de l’innovation (2)

Depuis la fin des années 90, à partir des travaux de Norman, une nouvelle approche de l’ergonomie par l’eXpérience Utilisateur, s’est imposée. Il en résulte des modes de conception user-centered ou activity-centered, ou dits comme tels. Alors, au risque d’enfoncer des portes ouvertes, pourquoi donc placer l’utilisateur et ses comportements au centre de la conception de nouveaux produits, outils ou services ?

Penser eXpérience Utilisateur, c’est penser aux interactions entre un utilisateur et un produit et/ou un service. Chaque expérience nous laisse un souvenir positif ou négatif, lié au plaisir ou à la peine, à la récompense ou à la frustration. De là naît une qualité de relation privilégiée, ou non, à l’objet de l’expérience. c’est la prise de conscience de l’importance de cette relation et de sa qualité dans l’utilisation et l’appropriation du produit qui a amené au développement de l’User eXperience, étendant le champ de l’ergonomie jusque là essentiellement centrée sur l’utilisabilité.

Penser innovation, c’est penser à l’innovation disruptive, aux succès planétaires des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) : Nouveaux produits, nouveaux acteurs, nouveaux usages ; Pensons aussi à l’innovation du business model apporté par l’Applestore liant produit et magasin ; ou bien à l’évolution des supports de diffusion de la musique, du 33 tours au CD, au téléchargement puis au streaming. Les pratiques et les expériences des utilisateurs s’en trouvent révolutionnées (…et écoutées).

Penser innovation, c’est aussi plus simplement penser à l’innovation incrémentale, ou évolutive, celle qui s’exerce chaque jour dans nos entreprises, celle qui améliore et transforme plus ou moins, peu à peu, les produits, les outils et les services, les interfaces, leur look and feel, leurs fonctionnalités, leur praticité, leur intuitivité, leur adéquation aux usages et qui étend le champ des utilisateurs ou qui leur offre de nouvelles possibilités ; enlever un sac pour un aspirateur Dyson ou rajouter l’iTouch dans un smartphone par exemple…

innovation map : incremental / evolutionary diagram

Dans toutes ces formes d’innovation désormais, le rôle du design de l’expérience utilisateur est central et repose sur de nouveaux paradigmes :

 

  • Instantanéité, flexibilité et personnalisation, mais aussi accélération des cycles et association de produits et de services permis par la numérisation.
  • My M&Ms - Marie serindouDepuis longtemps déjà, My M&M’s ou My Evian permettent de personnaliser les produits. Beaucoup d’autres s’y sont mis par exemple Longchamps et ses sacs quasi-sur mesure. Et l’on peut bénéficier des services de l’atelier d’impression 3D mis à disposition par Sculpteo, de l’abonnement à des produits livrés à la maison comme My Little Box…



  • Corollaire de la numérisation, l’interconnexion, et donc circulation en temps réel, partage, copie…
  • Décathlon création : co-conceptionUne des conséquences en est que les utilisateurs interviennent directement ou bien que l’écoute et l’analyse de leurs besoins les placent au cœur des projets. Il en résulte une certaine professionnalisation des amateurs.
    Les avis et forums sont innombrables et souvent intégrés sur la plateforme même de l’annonceur.. Leur prise en compte devient incontournable, On connaît aussi le succès de Trip Advisor, BlaBlaCar, Airbnb. On a vu apparaître des espaces de co-création comme chez Décathlon. On sait comment l’open innovation et la co-conception ont redonné des ailes à Lego avec ses plateformes network, factory, mindstorm, et ses « ambassadors » s’appuyant sur les communautés ; un principe que l’on retrouve en partie à la base du succès de Michel et Augustin, principe qui relève d’ailleurs plus largement de l’expérience client, extension en cours de l’UX.

  • Enfin, montée de la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux que les structures en place ont des difficultés à exploiter.
  • Projet wave - BNP ParibasVoir par exemple le Projet wave produit par la BNP, projet qui a pour ambition d’exploiter l’intelligence collective portée par des associations, des ONG, des réseaux sociaux ou de start-up à travers le monde. On y trouve pêle-mêle des projets high-tech pour déficients visuels, une fabrique sociale de développeurs ou la Ruche qui dit Oui, circuit court de vente…
    Le temps est passé de voir l’innovation naître quasi exclusivement au sein de l’entreprise, le tri s’effectuant en aval, l’utilisateur étant à conquérir et à éduquer. Aujourd’hui, elle se déploie dans une approche multidimensionnelle, technique, sociale, organisationnelle, commerciale, dans les produits et services. Non seulement l’utilisateur choisit et élimine, mais dans beaucoup de cas, ce sont des utilisateurs qui sont à l’origine des idées reprises par des start-up ou parfois même par des entreprises installées. On comprendra dès lors que mal connaître ses utilisateurs, négliger leurs émotions ou penser à leur place constituerait désormais une faute. le Do It Yourself entre dans nos mœurs. Il nous faut donc accepter la créativité, l’expérimentation et le risque contrôlé dans des processus qui favorisent leur expression.

    La version (1) de ce billet a été publiée sur le blog UX republic le 19/01/2016

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    Zuckerberg’s reality, demain commence aujourd’hui

    Mark Zuckerberg au mobile World Congress à Barcelone

    Photo postée sur son compte Facebook par Mark Zuckerberg au mobile World Congress à Barcelone, ce dimanche 21 Février 2016


    Au delà même de leur qualité technique ou de leur destination d’origine, il est des photos qui mériteraient d’être montrées dans une galerie d’art tant elles disent quelque chose de fort sur notre époque. Elle suscite d’ailleurs un très grand nombre de réactions (pas souvent tendres). Et vous, qu’y voyez-vous ?

    • Un petit génie ravi de la surprise qu’il va faire à l’assistance lorsqu’elle va le découvrir sur scène ?
    • Une assemblée de technophiles ravis de découvrir un nouveau jouet ?
    • Un troupeau plongé dans une hallucination consentie et consensuelle ?
    • Des individus rassemblés dans un territoire virtuel actualisé commun et réenchanté ?
    • Une illustration du big Brother, qualification dont on affuble parfois Facebook et son fondateur ?
    • Une allégorie orwellienne de l’élite triomphante sur une masse dis-traite et domestiquée ?
    • Des individus reliés à la « matrice » ?
    • Une séance de reprogrammation des cerveaux version orange mecanique 2016 ?
    • Une foule de solitudes ?
    • Deux mondes juxtaposés ?
    • … ?
    • Ou peut-être un peu de tout ça ?
    « En quittant l’espace de nos sensibilités habituelles, on entre dans un espace psychiquement innovant, c’est pourquoi nous ne changeons pas de place mais nous changeons notre nature »

    Gaston Bachelard, philosophe, 1964

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    Google H.O.O.Q.

    Il suffit parfois d’introduire à bon escient une perturbation, un « bruit », dans un schéma de communication bien rodé, et le message transformé acquiert une force nouvelle.
    Lorsque qu’en 1919 Duchamp provoque en ajoutant barbe et moustaches à la Joconde, travail qu’il nomme L.H.O.O.Q. , il questionne la notion de chef d’œuvre et sa fragilité avec d’autant de force qu’il s’appuie sur un objet connu et reconnu, devenu icône.

    Une requête LHOOQ sur Google donne le résultat ci-dessous :

    L.H.O.O.Q - DATA DADA

     

    La fiche signalétique (le « knowledge graph ») de l’œuvre de Duchamp apparaît et, à bien y regarder, elle comporte une curiosité ; un détournement du détournement, en mise en abyme, un caviardage par Albertine Meunier qui questionne par là-même le statut et la fiabilité du géant Google.

    Si le travail de Duchamp date de la période Dada, les moustaches posées par Albertine sont ici les mots Net.art et Datadada qui s’invitent là où il n’auraient pas dû être. Il a suffi simplement d’accéder à freebase.com pour modifier le graph qui apparaît lors de la recherche ; une sorte de hacking light (qui vient juste d’être corrigé aujourd’hui 22/12 après plusieurs jours). Une démarche qui s’inscrit dans celle du mouvement Net.art jusque là peu connu Datadada et qui questionne la toute puissance de Google et qui pourrait nous dire comme le disait Duchamp :

    « Ne vous laissez pas hypnotiser par le sourire d’hier, inventez plutôt ceux de demain ! ».

     

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    Communication et art numérique, Fred Forest, l’homme media N°1

    © F.Forest, Traders Ball

    © F.Forest, Traders Ball

    Jusqu’au 31 mars 2013, le centre d’art d’Enghien présente L’HOMME MEDIA N°1, rétrospective des travaux de Fred Forest. Peu connu du grand public français, tant les médias et les vieilles institutions de l’art ignorent encore largement l’art numérique et peut-être, dirait Forest, sont en retard. Il est pourtant un des pionniers de la réflexion artistique qui a beaucoup à nous dire sur la société de l’information. Il est inspirateur et co-créateur du manifeste de l’art sociologique dans les 70’s puis, avec Mario Costa dans les années 80, de la théorie de l’esthétique de la communication.

    Que nous dit-il en somme ? L’importance de la communication a, par de multiples canaux, des répercussions sur le sensible, l’éthique, le sociétal, le sociologique et la politique. cela amène à penser qu’elle modèle la sensibilité de notre temps. Pour toucher cette sensibilité, il n’y a aucune raison pour les artistes de s’en tenir à la matérialité du pigment, de la pierre ou du métal, alors que le présent et plus encore le devenir de nos sociétés sont déjà alignées sur l’économie de l’information et du virtuel. Il faut donc s’adresser à chacun avec les outils de son temps. Les artistes du numérique peuvent ici être des vigies (voir Mc Luhan).

    La communication par la radio, la télévision, le téléphone, la vidéo, l’internet, et leurs hybridations est donc l’objet d’étude du travail de Forest depuis les années 60. L’essentiel étant d’être connecté (Be connected ! Facebook, Tweeter…), le contenu de cette communication devient, pour une large part, la communication elle-même. Chacun d’entre nous est un nœud multiconnecté d’un gigantesque réseau. Il s’agit donc d’explorer les liens, les données, les flux qui traversent l’espace de l’information, de mettre en évidence de nouveaux codes, faire surgir un système de signes et de symboles propres à cet environnement, de lui donner du sens, et de porter un regard critique sur la matière communication.

    Fred Forest propose des dispositifs qui dévoilent l’essence de la technique (voir sublime technologique), qui attirent l’attention sur les canaux de communication et de diffusion. Comme pour de très nombreuses œuvres d’art numérique, la démarche se fonde sur les relations entre artiste, spectateur-interacteur et environnement. Les dispositifs interrogent et produisent une esthétique, l’esthétique de la communication, une esthétique d’événement. Depuis Parcelle-réseau, première œuvre internet vendue aux enchères à Drouot en 1996, en passant par la vente de temps, d’espace réseau et d’électrons et jusqu’à la caverne d’Internet d’aujourd’hui (participez à la version en ligne !), les oeuvres de Forest sont bien trop nombreuses pour être signalées ici – Voir son webmuseum – Voir aussi les articles de Slate et du Huffington Post …et l’homme media n°1 à Enghien.

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    Le corps prothésé de Stelarc à Oscar Pistorius

    Oscar Pistorius au JO de londres 20122012, Londres, Oscar Pistorius participe aux JO paralympiques, mais il est aussi le premier homme prothésé qui ait été autorisé à courir avec les valides. Cet événement qui a finalement suscité peu de débats sera-t-il le signe d’un basculement ? Pourra-t-on tenir longtemps à distance les possibilités de transformations du corps par le numérique et les technologies en général ? Le corps dans son intégrité anatomique sera-t-il encore longtemps référence obligatoire ?

    Avant était la finitude du corps. Mais les transfusions, les greffes, la chirurgie esthétique, l’implantation de prothèses biomécaniques, électroniques, et désormais la possibilité de les programmer, permettent réparation, mais aussi amplification  du corps… sans oublier les perspectives de « design génétique ».

    Ces innovations rencontrent une idée du corps présente dans la civilisation occidentale. Pour certains, dans le meilleur des cas, le corps est obsolète. Ayant peu changé depuis le néolithique, il est incapable d’assimiler et d’utiliser la masse d’informations accumulée depuis les temps (et ça ne risque pas de s’améliorer avec le numérique) et de moins en moins compétitif face aux machines. Il faut donc le prothéser voire externaliser certaines de ses fonctions. Des artistes parmi les plus connus se sont emparés de la question :

    Stelarc - suspensions

    Stelarc : « Suspensions » sur http://natatattt.blogspot.fr/2011/05/stelarc.html

    Stelarc - third hand

    Stelarc : « Third hand » sur //sciencegallery.com/

     

    C’est Orlan qui revendique le droit de rejeter son héritage génétique et de modifier son corps par des implants et des interventions chirurgicales. C’est Stelarc, plasticien australien qui radicalise l’obsolescence du corps réduit à une structure dans sa série suspensions dans les années 70 et qui le dote de prothèses technologiques comme dans the third hand, pas des prothèses réparatrices, mais de celles qui augmentent le corps.

    Alors, au moment où l’Homme approche de ses performances maximales, résistera-t-on longtemps à l’usage de prothèses biomécaniques, électroniques ou numériques ? La présence d’Oscar Pistorius sur la ligne de départ d’une course de « valides » engage la réflexion sur le degré d’acceptabilité d’hommes ou de femmes prothésés augmentés. Si l’on a pu considérer que les prothèses de Pistorius comblent son handicap, que dirait-on si elles lui conféraient un avantage ? Homme réparé ou homme augmenté ? Evidemment l’acceptabilité est plus forte dans le cas d’un athlète qui présente un handicap, ce qui permet de déplacer le problème d’éthique sportive qui se poserait dans le cas d’un athlète valide prothésé. En décrivant avec humour des athlètes réparés dont les performances dans le stade des re-corps rendent envieux les valides qui n’ont pu bénéficier des mêmes prothèses, l’excellent (et un peu provocateur) article de Jean-Christophe Rufin dans Le Monde pose la question : Le handicap deviendra-t-il la porte d’accès vers l’homme augmenté ?

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    Natural / Digital, Art numérique chez Accenture

    Du 4 au 8 mai 2012 au siège social d’Accenture (sur invitation) Immersions digitales 2éme édition devrait mettre en évidence des perspectives ouvertes sur et par les relations monde vivant – monde digital au travers d’une ample sélection d’œuvres numériques variées, interactives, collaboratives, participatives, qui devraient montrer les connexions intimes entre les deux mondes.

    Pourquoi tant de proximité ?

    Si l’ADN biologique code l’infini des possibilités du vivant, structures, fonctionnements et scénarios complexes, le codage numérique est lui, sur un autre support bien sûr, transversal et dépasse les limites du vivant. Il sert de véhicule pour toutes sortes de données : Structures, formes, fonctionnements et scénarios incluant images, sons, mouvements, …et toutes les caractéristiques d’une situation donnée jusqu’à certains affects. Toutes les caractéristiques d’une entité, vivante ou non, celles d’un comportement deviennent code, phénomènes électriques, ensemble de données, système informationnel, kit d’information. Dès lors la frontière entre les mondes, entre le vivant et le minéral, entre les corps et les objets s’efface puisque tout est régi par les mêmes unités. Comparable à l’ADN biologique, cet ADN numérique s’exprime dans des réalisations qui peuvent s’actualiser en temps réel, il peut être transmis à distance et il offre une fluidité sans pareille puisque modifiable instantanément bit par bit, pixel par pixel.

    Et l’art numérique dans tout ça ?

    Il prend acte de ces progrès technologiques, met en évidence les connexions, les complémentarités entre vivant et non vivant, réel et virtuel, et il analyse et questionne les grands enjeux en produisant des œuvres qui sont construites autour de quelques grands principes qui découlent des propriétés du numérique énoncées plus haut et qui sont le plus souvent combinés. Pour les plus importants :

    La simulation : Pas au sens de l’imitation ou de la reproduction comme elles existent depuis toujours, mais au sens de celle qui reconstruit le réel, formes ou comportements, dans leur aspect visible ou non, dans leur devenir virtuel au cours de l’interaction avec le visiteur lors de l’expérience proposée (Fractal Flowers, Dandelion…) ;

    L’hybridation d’éléments du monde réel et de mondes virtuels, leur mixage ou leur organisation qui les fait passer de la contigüité à la continuité (Phonofolium, L’arbre et son ombre, Lotus 7.0…);A noter le cas particulier du bio-art ou de l’art transgénique qui propose des hybridations d’ADN d’espèces différentes (On se souvient du GFP Bunny/Alba d’Eduardo Kac) ;

    La génération programmée, à partir du flux qui permet de composer-recomposer, d’actualiser images, textes ou vidéos dans  les conditions programmées à partir d’Internet (ou de banques de données) ou/et à partir du calcul qui permet d’inventer et de générer écrits, formes, dessins, sculptures, en 2D comme en 3D (sculptures inhumaines, Streetview Patchwork, Uishet…) ;

    L’intelligence artificielle qui cherche à autonomiser l’entité créée en développant ses capacités d’apprentissage ;

    L’incontournable interaction et l’immersion présentes à des degrés divers dans un très grand nombre d’œuvres numériques, et qui superposent ou hybrident les perceptions du modèle virtuel et celles du corps qui interagit dans l’espace réel qui lui est offert, celle du désormais spect’acteur.

    Quels enjeux dans cette proximité, cette complémentarité établie entre la nature et le digital ?

    Bien sûr des enjeux en matière technologique, hybridation du vivant et du numérique, actions sur le milieu et l’environnement, que mettent en évidence certains designers (voir Lehanneur ou Jacob+Macfarlane) ; mais aussi un enjeu plus large : Le codage du vivant et de ses comportements entraîne évidemment sa réification et affaiblit la distinction d’avec la machine. La mise en parallèle des algorithmes génétiques et informatiques questionne les limites du vivant. La mise à jour des processus et des structures intimes, leur dépliage, éventuellement jusqu’à celui des affects, pose des problèmes philosophiques et éthiques et mérite que l’on s’attarde sur ces enjeux ; et dans ces domaines, les artistes, experts et critiques tout à la fois, ont beaucoup à nous dire…et ce sera sans doute vérifiable dès demain si vous pouvez visiter cette expo.

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    HDR, La photo numérique entre hyperréalisme et ultraréalisme

    Bill O'leary - The Washington Post

     

    La photo numérique se différencie de plus en plus de l’argentique. Le codage et le calcul qui remplacent la trace physico-chimique ouvrent la voie à une infinité de manipulations de l’image et à l’hybridation, et donc à de nouvelles formes de création parmi lesquelles les photos (et videos) HDR (High Dynamic Range Imaging). Si la technique n’est pas si nouvelle, la photo en Une du Washington Post en janvier 2012 a beaucoup fait parler parce que ce type d’image questionne la réalité et le rapport à l’information : Un pont, un soleil couchant…des couleurs et des ombres non cohérentes, ou plutôt  non conformes à celles qu’aurait perçu notre œil, au delà de ses capacités physiologiques. Trucage ? comme l’ont dit certains, recomposition de la réalité ? comme le fait d’ailleurs notre cerveau… Hyperréalisme ? Ultraréalisme ?

    Hyperréalisme par le constat des formes et leur précision, la mise en valeur de l’objet et de sa structure, de ses détails, par l’importance de la technique et la faible charge affective. Si, en objectivant le sujet, l’hyperréalisme (US photorealism) des années soixante introduisait un doute sur la peinture (ne serait-elle pas une photo ?), c’est le doute sur la photo qu’introduit cette technique numérique. Pourrait-elle être une peinture ? ou un décor de jeu vidéo ?  Le cousinage n’est pas le fait du hasard. La technique HDR a en effet été développée pour la création d’images générées par ordinateur. Couleurs, lumières, textures, 3D, font que l’image de l’objet pourtant réel confine à un ultraréalisme imitation de la réalité, d’où cette impression d’irréel, conséquence de l’hybridation réel-virtuel.

    La valeur informative de telles images ne semble pas évidente, d’ailleurs le sujet choisi par le Washpost et illustré au moyen de cette technique est relatif à la mémoire d’un accident aérien, ce qui n’est pas en soit une information et peut justifier d’un traitement distancié ; mais elles peuvent être utilisées pour renforcer l’intensité dramatique et/ou poétique de la photo et agissent sur notre distance au monde et donc sur la perception que nous en avons. Avec un appareil disposant d’un bon bracketing, et avec un  logiciel comme Photomatix, Photoshop, HDREngine, ou quelques logiciels gratuits et un tutoriel, chacun a désormais le loisir de créer son propre univers. Des groupes et des galeries en offrent de nombreux exemples ici ou .

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    Elections présidentielles : Loi électorale et résistotwittos

    La loi qui interdit l’annonce de toute estimation des résultats avant 20h est-elle opérationnelle dans un monde de l’internet global, des réseaux sociaux et du temps réel ? Non ! On s’est donc retrouvés ce dernier dimanche 22 avril, jour du premier tour des élections, comme certainement le 6 mai prochain, face à des situations « schizophréniques » :

    –  Entre la sphère des médias traditionnels, radio et TV où tout le monde a fait semblant et celle du web, qui a donné des infos en continu. Les fils Twitter #radiolondres et # icilondres, clins d’œil à la résistance, ont contourné le système et essayé de ne pas tomber sous le coup de la loi en employant des métaphores culinaires, climatiques ou géographiques, souvent humoristiques, pour donner des estimations bien avant 20 heures avec un pic 2 heures plus tôt et un trafic bien supérieur au fil officiel (voir ci-contre les données Hashtagbattle reprises aussi sur Libération)

    Graphique 48h HashtagBattle - #radiolondres

    Graphique 48h HashtagBattle – #radiolondres en date du dimanche après-midi (repris sur libération)

    Graphique 48h HashtagBattle - #elysee

    Graphique 48h HashtagBattle – #elysee en date du dimanche après-midi (repris sur libération)

    HashtagBattle - radiolondres vs Elysee

    HashtagBattle – radiolondres vs Elysee

     

    –  Entre une sphère du temps réel et une sphère artificiellement maintenue sous cloche : La quintescence en était palpable au sein d’un même média ; un exemple est la RTBF dont la page web affichait des banalités sur le taux de participation, sur la loi française, sur la nécessité d’attendre l’heure officielle en même temps que défilaient dans la colonne de droite des remontées de de tweets donnant des liens et des estimations.

    –  Au niveau individuel, entre les efforts de respect de la loi et l’envie d’y résister et de la contourner (voir Libération qui n’a finalement pas tenu sa promesse d’annoncer des résultats précocement ; la médaille du genre étant à décerner à ces envoyés spéciaux des chaînes TV faisant semblant d’ignorer les estimations de résultats
    devant la cohorte des militants en fête dans leur dos.

    –  Et globalement entre ceux qui savaient et ceux qui ne savaient pas, mais qui pouvaient savoir par ceux qui savaient….

    …En bref, désordre et artificialité. Sur le web, chacun est un média, pour le bon et le moins bon. Le temps de réaction et d’adaptation à ces nouvelles conditions laisse un entre-deux dans lequel nous naviguons à vue sans avoir de solutions probantes qui ne soient ni hors sujet, ni simplement dictées par des intérêts partisans.

    Au rayon des inquiétudes possibles, entre interdiction de publication des résultats et impossibilité de contrôler leur diffusion par des sources parfois mal identifiées, il y a un interstice qui pourrait laisser place à des manipulations ? Info ou intox ?

    Quant à l’influence des réseaux sociaux (j’y inclus Twitter) sur le choix, leur poids réel est-il si important  qu’aiment à le penser quelques acteurs du secteur ? Dans cette élection, cela reste à prouver. Attendons les études ! Ce sont certes des armes militantes à ne pas négliger, qui comme telles, travaillent sur l’image, diffusent clichés, slogans et ripostes, renforcent éventuellement l’effet de groupe, mais offrent peu de réel dialogue. Au fond, ces réseaux sont-ils prescripteurs ? Les pressions amicales, familiales, sociales n’ont-elles pas autant ou davantage de poids ?

    Il n’en reste pas moins que voter en connaissant par avance les résultats peut être vécu comme une dépossession…un sentiment qui vous fait passer d’une position d’acteur à celle de spectateur, à contre-courant des effets du numérique en général. D’autre part, le centre d’intérêt passe de l’essentiel (le fond) à l’accessoire et au jeu. Qui donnera, qui apprendra le premier résultat ? A quelle heure ?…Certains diront que, de toutes façons, la société du spectacle a déjà réglé le problème du fond en le confondant avec la forme. La loi devra donc être modifiée, mais comment ? Le chantier est ouvert…

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    La timeline Facebook et le miroir magique. Nicolas Sarkozy tire le premier

    Un peu plus de quatre mois après l’annonce de Zuckerberg sur les nouveautés de Facebook, les équipes de Nicolas Sarkozy s’en sont emparées. Quel sera donc le rendement de l’initiative ? Si l’on parcourt la blogosphère, et le web en général, trois thèmes se dégagent

    D’abord l’outil et le contenu : La timeline, c’est un outil de narration, de storytelling, qui peut donc raconter beaucoup de choses différentes, de la création poétique et artistique au CV (au sens large) qui sera probablement l’usage commun. Comme je l’écrivais dans le réseau comme autre et miroir, l’enjeu est de s’insérer dans la construction narrative de l’internaute en agissant sur son imaginaire, en lui permettant d’intégrer dans sa propre histoire, et donc son identité, les parcours et les discours qu’il est amené à construire lors de ses visites. Comme dans toute opération de communication, il s’agit de guider les flux émotionnels.

    La timeline est donc un miroir de plus pour soi et/ou  pour les autres : Miroir, miroir, dis-moi, (dis leur) que je suis la plus belle ! C’est ce que demande chaque jour la reine à son miroir de vérité qui lui annoncera un jour que Blanche Neige est bien plus belle qu’elle. Mais la timeline, c’est plus que ce miroir de vérité. C’est le miroir magique connu depuis longtemps et qui, sous certains éclairages, révèle les images qu’il porte au dos ou, comme dans Harry Potter ou Schrek, les pensées profondes. Il y a donc toujours 2 lectures de cette timeline : Une lecture au premier degré et une lecture en creux qui dessine une autre vérité dans laquelle se bousculent les non-dits et les non-montrés. Aucun utilisateur ne peut échapper à ce double je. C’est la même démarche que nous tous effectuons dans la constitution de notre album photo et dans nos interventions on line. Une position désavantageuse, une photo compromettante, un événement dévalorisant ont vite fait de rester dans la boîte, voire de gagner la poubelle. Sauf que pour un personnage public, ces documents sont accessibles par bien d’autres sources. cette double lecture est abondamment soulignée et relativise l’impact du contenu.

    Autre thème largement abordé : En innovant avec une timeline soignée sur Facebook, plus répandu et plus populaire et peut-être plus contrôlable que Twitter, le candidat (qui a concomitamment ouvert un Twitter) semble faire un bon coup en donnant une image de quelqu’un qui, comme Obama et ses conseillers, a compris le réseau, ce qui n’était pas évident au vu de quelques interventions y compris lors du dernier eG8. Il reste à souligner que la démarche communautaire ne va pas jusqu’au bout puisque le bouton j’aime est le seul disponible et que les commentaires ne sont pas autorisés. On peut comprendre que les besoins en modération qui auraient été nécessaires aient freiné les ardeurs. On en restera donc à une communauté verticale.

    Enfin un thème de controverse : Facebook aurait-il favorisé N. Sarkozy en lui proposant bien avant ses concurrents une innovation encore hors ligne ? L’agence Emakina.fr, ex Groupe-Reflect (dont l’essentiel des effectifs est basé à Limoges, clin d’œil à la région où F.Hollande est élu), déjà en charge de la communication digitale de l’UMP, reconnue dans le monde du web2.0 puis communautaire, a t-elle utilisé ses liens avec Facebook (avec lequel elle a un accord de partenariat privilégié) pour proposer cette avant première ?

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    Honni soit qui mal y pense. La tentation Free malmène Bouygues, Orange et SFR.

    Google Tendances -requêtes Google concernant les mots-clés : "résiliation Orange", "résiliation SFR", "résiliation Bouygues"

     

    Google Tendances révèle l’impact premier de l’arrivée de Free sur le mobile. Le jour même de la conférence très cash de Niel, les requêtes « résiliation » sur Google sont multipliées par un facteur d’ordre dix pour les trois grands opérateurs. Une véritable réaction émotive : Vite ! Comment quitter mon opérateur actuel ? Même si le passage à l’acte n’est pas pour tout de suite, on y pense immédiatement. De quoi faire peur aux opérateurs en place et les inciter à téléphoner à leurs clients pour leur proposer un nouveau forfait avant qu’ils ne décident de partir pour de vrai.

     

    L’émotion et le buzz retombent quelque peu, mais les requêtes « résiliation » demeurent encore très significatives. Après les geeks, les freenautes et les early adopters, la réflexion va gagner plus lentement le grand public. Les opérateurs dits historiques, un peu sonnés et tout à coup vieillis, disposent encore d’un épais matelas de clients engagés, y compris depuis peu à Noël, période traditionnelle d’achat de mobiles. Ils lancent leurs contre-attaques tarifaires et commencent à communiquer sans trop de retenue sur les faiblesses vraies ou supposées de Free.

     

    Bref, la lutte ne fait que commencer et se concentrera sûrement, au delà des prix, autour de la tenue des promesses, de la qualité du réseau et des services, mais aussi autour de l’innovation. Free, qui vise 25% de la clientèle, s’en est montré jusque là le champion et va bénéficier pour un temps au moins, et sauf fautes de sa part, de l’avantage d’avoir tiré le premier. A suivre donc…

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