Honni soit qui mal y pense. La tentation Free malmène Bouygues, Orange et SFR.

Google Tendances -requêtes Google concernant les mots-clés : "résiliation Orange", "résiliation SFR", "résiliation Bouygues"

 

Google Tendances révèle l’impact premier de l’arrivée de Free sur le mobile. Le jour même de la conférence très cash de Niel, les requêtes « résiliation » sur Google sont multipliées par un facteur d’ordre dix pour les trois grands opérateurs. Une véritable réaction émotive : Vite ! Comment quitter mon opérateur actuel ? Même si le passage à l’acte n’est pas pour tout de suite, on y pense immédiatement. De quoi faire peur aux opérateurs en place et les inciter à téléphoner à leurs clients pour leur proposer un nouveau forfait avant qu’ils ne décident de partir pour de vrai.

 

L’émotion et le buzz retombent quelque peu, mais les requêtes « résiliation » demeurent encore très significatives. Après les geeks, les freenautes et les early adopters, la réflexion va gagner plus lentement le grand public. Les opérateurs dits historiques, un peu sonnés et tout à coup vieillis, disposent encore d’un épais matelas de clients engagés, y compris depuis peu à Noël, période traditionnelle d’achat de mobiles. Ils lancent leurs contre-attaques tarifaires et commencent à communiquer sans trop de retenue sur les faiblesses vraies ou supposées de Free.

 

Bref, la lutte ne fait que commencer et se concentrera sûrement, au delà des prix, autour de la tenue des promesses, de la qualité du réseau et des services, mais aussi autour de l’innovation. Free, qui vise 25% de la clientèle, s’en est montré jusque là le champion et va bénéficier pour un temps au moins, et sauf fautes de sa part, de l’avantage d’avoir tiré le premier. A suivre donc…

Share

Kindle, Kobo, Cybook et les autres. Les liseuses numériques, outils d’une mutation

 

Image de la Liseuse de Fragonard

La Liseuse de Fragonard

Fin d’un monde  ou nouveau monde ? Mutation ou révolution ? La liseuse de Fragonard pourrait-elle bientôt apparaître comme un témoin d’un mode de lecture révolu ? C’est un fait annoncé, avec l’arrivée en France du poids lourd Amazon et son Kindle, le développement de l’offre et de prix stratégiques, la lecture sur support numérique devrait décoller en France, après un démarrage un peu poussif, tout comme elle a décollé en peu de temps aux US en trouvant des lecteurs satisfaits et fidèles. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien là d’une très profonde mutation qui conjugue nouvelle technologie et nouvelle morphologie, mode d’écriture et support, de la même façon que le passage de la tablette gravée au papyrus, puis au codex et à l’impression. Je me livre donc ici à un tour d’horizon non exhaustif de quelques premières questions soulevées par cette mutation.

 

Quel impact sur nos pratiques ?

Il ne s’agit plus de fureter mais de naviguer, plus de toucher et de feuilleter mais de cliquer et de zapper. Il ne s’agit plus de sortir (chez son libraire) mais de s’asseoir près d’un spot WiFi pour télécharger (en une minute) puis de s’asseoir ou de s’allonger pour lire pour l’instant essentiellement des livres papier numérisés. Il ne s’agit plus d’emporter un livre en week-end, mais toute sa bibliothèque…

 

Quoi de plus avec les liseuses actuelles ?

Les possibilités de marquer, corner, surligner, annoter sont conservées et facilement mises en œuvre. Dès lors que l’on prend en compte l’étendue de la bibliothèque stockable, bien plus fournie que celle d’un français moyen…et transportable, l’avantage est manifeste ; de même si l’on considère la présence de dictionnaires intégrés et la recherche rapide par mots-clés ; à noter aussi le prix inférieur de la version numérique des ouvrages, la disponibilité de nombreux classiques à des prix dérisoires voire gratuits. Par ailleurs, les changements de police, de caractères ou de mise en page permettent une accessibilité renforcée. Côté éditeurs, rien ne permet désormais de retarder des retirages d’ouvrages anciens ou peu diffusés à très faible coût et sans invendus.

 

Mais alors quoi de moins ?

La sensation d’être prisonnier d’un système fermé sur Amazon ou sur la FNAC par exemple, et les comportements futurs de ces acteurs sont loin d’être connus ; le fait que le livre numérique ne puisse être prêté ni échangé, ni transféré, mais que l’objet qui le contient soit lui « perdable » ou « volable » emportant avec lui la bibliothèque. On peut aussi être gêné par l’uniformisation que les liseuses actuelles confèrent aux différents types d’ouvrage. l’affaiblissement sensoriel lié à la disparition des nuances du toucher, de l’odeur et de la structure du papier gênera sans aucun doute les amoureux du livre papier qui sont encore très nombreux, mais quid des générations élevées à l’écran ?

 

Que restera t-il du livre papier ?

Nul ne peut aujourd’hui faire un pronostic fiable. Dans un premier temps, il semble que les ventes papier ne se portent pas si mal aux Etats-Unis, encore que… Les encyclopédies, beaux livres, ouvrages universitaires, ouvrages de fond sont encore très majoritairement diffusés sur papier, peut-être parce qu’encore mal adaptés au nouveau format. Mais bien peu de libraires pourront dorénavant se contenter de ne vendre que des livres… La diffusion des e-books explose aux US tant dans les ventes qui dépassent depuis plusieurs mois celles des livres de poche que dans la dotation déjà étonnamment élevée des bibliothèques municipales ou universitaires. Que de chemin à parcourir en France ! A ce rythme, devant quelle bibliothèque poseront nos « sachants » (ou ceux qui tentent de donner le change) dont les murs couverts de livres manifestaient le pouvoir – voir nos présidents de De Gaulle à Pompidou, Mitterrand et Sarkozy – Il reste à inventer la liseuse statutaire ou l’objet symbole qui remplacera les étagères ( avis aux designers ! )

 

Quel avenir pour ces liseuses numériques ?

Il faudra quelques années, quelques décennies peut-être pour mesurer le chemin parcouru au fur et à mesure de l’arrivée de générations lisant sur écran depuis l’école et des progrès technologiques : Bientôt l’écran souple, l’écran haptique (et plus tard peut-être une intégration au corps). Pour le moment très proches de l’organisation du livre, ces nouveaux outils – encore des objets transitionnels ? – semblent adoptés très facilement compte tenu de leur interfaces intuitives. L’écran couleur quant à lui est déjà proposé notamment par Barnes et Noble avec son Nook aux US.

 

Enfin quel impact sur ce que nous lirons ?

L’essentiel de ouvrages disponibles consiste actuellement en des livres numérisés. Il est difficile d’imaginer si et comment l’écriture et les contenus proposés évolueront lorsque des écrivains exploiteront les possibilités du numérique. Nul doute qu’au fur et à mesure que l’écriture cherchera à exploiter toutes ces possibilités, l’hypertexte, le multimédia, de nouvelles formes de création littéraire émergeront et seront accompagnées par des évolutions des interfaces. Sur le plan de la diffusion des oeuvres, le poids et le comportement des géants comme Amazon, qui vient aussi de se lancer comme éditeur et peut donc tout faire, questionnent quant au contrôle de fait qu’ils pourraient exercer sur ce que l’on nous donne à lire et comment on le propose. Le comportement d’Apple qui censure certaines applications et impose sans discussion des redevances avantageuses pour accéder à ses supports ne plaide pas pour trop de naïveté.

 

Share

Art numérique à la Gaîté lyrique, Rafael Lozano-Hemmer présente Trackers

Trackers de   Rafael Lozano-Hemmer

d’après ©Maxime Dufour

 

La Gaîté lyrique (enfin un espace institué dédié aux cultures numériques dans Paris) présente les travaux d’un artiste mexicain, Lozano-hemmer, par ailleurs connu pour d’amples réalisations en extérieur. Le mérite de ces travaux est de mettre en contact le public avec un art numérique souvent méconnu et encore peu reconnu. Dans nombre de commentaires, on souligne le caractère participatif, interactif d’œuvres dont l’actualisation dépend d’un tiers interacteur. C’est bien le moins, tant ces caractéristiques sont intrinsèques aux réalisations d’art numérique interactif. De ce point de vue, c’est réussi. L’expérience du corps comme construction interactive, processus désormais en cours jusque dans nos salons (WII, Kinect…), est ici révélatrice de la puissance de la technologie. Je pense par exemple à la réalisation qui place le corps dans le rôle d’un curseur réglant la fréquence et le volume de différentes stations de radio.

 

Je suis moins convaincue par le titre de l’expo, Trackers. En effet le tracking du tiers interacteur (vidéo, sonore, infra-rouge, électro-magnétique…) est une des bases de nombre d’installations interactives. On aurait donc pu mettre bien des travaux sous ce titre fourre-tout…Et s’il s’agissait de montrer que ces technologies utilisées sans contrôle permettent notre traque, cela fonctionne ; mais le propos ne m’a cependant pas semblé très fort. En effet, jamais la scénographie ne m’a placée en position de ressentir cette surveillance panoptique dont je pourrais faire l’objet, et qui est évoquée dans plusieurs commentaires. Il est vrai que pour Lozano-Hemmer il s’agit de montrer que ces technologies sont déjà parfaitement mondialisées et intégrées dans notre monde quotidien, loin d’un monde orwellien, donc. Tout cela amuse beaucoup les visiteurs et les inquiète sûrement beaucoup moins que leur première découverte de la reconnaissance faciale sur leur album Picasa ou que les 1222 pages amassées par Facebook sur un étudiant autrichien.(Max Schrems).

 

Deux autres aspects sont indirectement abordés en visitant cette expo. Qui est l’auteur de ces œuvres ? Les ingénieurs, les programmeurs, les artistes, les concepteurs, lozano-Hemmer lui-même ? On mesure les profondes interactions qui lient sciences, technologies et art ainsi que chacun des contributeurs à l’œuvre nulmérique. Enfin quelle forme de propriété et quelle pérennité pour ces travaux ?. Les notions de copie, de circulation, de droits d’auteur et de reproductibilité à terme questionnent le statut de l’œuvre numérique. Les intéressantes réponses de Lozano-Hemmer, trop longues à développer ici, sont parfaitement évoquées dans une interview donnée sur Artnet.

 

Au final, certains regretteront qu’il n’y ait pas davantage de poésie et/ou davantage de conviction dans le propos.. L’exposition n’en permet pas moins un accès facile à cette forme d’art numérique…jusqu’à Dimanche. A défaut, vous pouvez être guidé dans l’expo par Rafael.

Share

Quel contenu pour susciter l’engagement des fans sur une page Facebook ?

Comment intéresser et fidéliser des fans sur une page Facebook ? Il s’agit d’établir une relation personnalisée avec chacun d’entre eux en lui offrant un contenu adapté et incitateur, en  répondant à ses éventuelles questions systématiquement et rapidement, bref, de susciter et maintenir son engagement, gage d’une amélioration du ROI (c’est en tous cas ce qui est attendu). Si les rapports des fans inactifs avec la marque sont difficilement appréhendables et quantifiables, l’engagement actif est, lui, bien mesurable.

Si Facebook propose ses insights avec un « people talking about » qui tente de mesurer l’activité sur la page et le buzz autour d’elle, Socialbakers, spécialiste des statistiques Facebook, produit déjà des indices qui mettent en évidence l’engagement rate (ER) sur les pages Facebook. Il ne s’agit pas ici de mesurer la notoriété, mais plutôt une certaine qualité de la relation au travers de l’implication des fans dans l’échange, matérialisée par le liking et le dépôt de commentaires. Alors, que publier sur sa page pour obtenir le meilleur taux d’engagement ( likes + comments / nbre de fans ) ? Les graphiques ci-dessous montrent ce qui est posté et ce qui pourrait l’être pour améliorer ce taux.

 

Graphique socialBakers : "Number of different post types posted on Facbook pages and quality of the posts (by engagment rate)"

©Socialbakers

 

Comme on le voit, à l’exception du statut, publier à moindre effort entraîne un moindre engagement des fans. A titre d’exemple, les liens, dont on peut facilement parsemer ses pages, suscitent un taux d’engagement  de 0.02%, 7 fois plus faible qu’un album photo !. Ces pourcentages, apparemment faibles, concernent en fait un grand nombre de fans en valeur absolue. Obtenus en monitorant le top 100 des pages Facebook, ils portent donc sur des millions de fans. Certes, il serait illusoire d’obtenir une mesure qui ait du sens sur les pages à faible trafic. Bien qu’il faille le replacer dans le contexte de la page, de son contenu et de la cible auquel elle s’adresse, sans oublier les questions sur la réelle valeur du liking, le comportement  des fans peut sans doute être généralisé. Alors, incluez des albums photos, des vidéos dans vos pages…à moins que vous ne créiez l’événement. Dans la semaine du 4 au 8 octobre, la page de Steve Jobs a, selon Socialbakers, obtenu un taux d’engagement de 327% ! Qui dit mieux ?

 

Et bien sûr, si vous recherchez l’engagement de vos fans, ils recherchent aussi le vôtre. Une consultation du response rate (RR), taux de réponse aux questions des fans sur le mur, montre qu’il flirterait trop souvent avec les 0%. Chacun sait pourtant, ou devrait savoir, qu’une des conditions de l’établissement d’un véritable lien est de répondre aux questions des fans, même…surprenantes. Il reste donc des efforts à fournir.

 

 

Share

Steve Jobs est mort. Comment son imaginaire technologique nous a rencontré au travers d’Apple.

L'hommage, en Une, de Libération à Steve Jobs

Logotype utilisé en une du journal "Libération" : hommage à Steve Jobs

 

Quand j’ai acheté mon iPhone, puis mon ipad, je ne savais pas que j’en avais besoin…Cela pourrait être une explication de ce qui vaut à Steve Jobs, fondateur d’Apple, un hommage quasi unanime pour son apport dans l’industrie du numérique voire pour avoir changé la vie. Il y a là quelque chose de religieux (voir mon précédent billet) dans la prosternation, dans la dévotion que lui vouent certains et dans les cérémonies vues devant certains magasins Apple, Alors un gourou ? un génie ? Plus sûrement, en plus d’être un homme d’affaires, quelqu’un dont l’imaginaire a rencontré une attente non formulée, mais forte, de réenchantement du monde. Dans quelles conditions cet imaginaire a t-il rencontré cette attente au point même de paraître devancer  le besoin ?

 

Une piste de réponse se trouve dans les travaux du GRETECH-Paris-Sorbonne et dans ceux de  Michel Maffesoli. Tout au long de l’ère industrielle, le développement d’abord porteur de progrès des sciences et des techniques, de la mécanisation, et des transports, finit par amener progressivement à un désenchantement du monde marqué par une profonde mutation des relations sociales, à une atomisation de la société, au déracinement et à l’isolement. Et 150 ans plus tard ( c’est l’ordre de durée estimée de ces cycles de désenchantement-réenchantement ), on assiste à la fin accélérée de ce moment culturel débuté au dix-neuvième siècle.

 

Lorsqu’arrivent les technologies du numérique dans cette fin de cycle, elles rencontrent donc une attente de réenchantement soutenue par une sorte de nostalgie des liens sociaux perdus idéalisés. L’attrait constaté pour les événements collectifs, les événements de foule, naît de cette attente. La technologie devient le meilleur réceptacle de ces attentes dans lesquelles elle s’inscrit. Dès lors les espaces virtuels, les espaces communautaires en particulier, permettant l’échange et le partage, offrent la possibilité d’un territoire commun qui comble l’ennui et l’angoisse de l’isolement en réchauffant le lien social.

 

La force de Steve Jobs a été de comprendre, ou pour le moins de sentir cette attente. Les progrès de la technologie aidant, il a compris que la machine ne devait être le contraire d’une entrave ou d’une difficulté supplémentaire pour le lien social. En proposant des interfaces intuitives, des machines utilisables sans mode d’emploi, parce qu’inutile, là où des concurrents confondaient performance et complexité, il a permis un réchauffement du lien homme-machine face à la froideur des notices techniques. Depuis, macIntosh, iPod, iPad et compagnie ont pu s’inscrire comme une simple prothèse d’un individu désormais connecté.

 

Alors Apple pourra t-il poursuivre dans cette voie ? Y a-t-il d’autres vigies dotées comme Steve Jobs d’un imaginaire susceptible de rencontrer des attentes non formulées et de se fondre dans les mutations sociales ?  Nous n’en savons rien. Mais le virage imposé par Jobs a modifié définitivement l’approche des usages. Le numérique n’a pas fini de produire ses effets, nous ne sommes qu’au début du cycle, mais n’en doutons pas, il produira aussi son lot de désenchantement…dans un siècle ou un peu plus si la durée du cycle est conforme à l’histoire passée…ou bien avant si l’accélération sociale, d’ailleurs portée par le numérique, se confirme…

Share

Un art de l’expérience à l’ère du numérique

Dans un magazine Beaux-Arts de début d’année, le philosophe Yves Michaud décode l’état de l’art et son évolution probable dans les dix ans qui viennent. Si cette évolution peut être mise en relation avec un environnement politique et social donné, il est également possible de faire le lien avec le changement des modes de perception liés à l’avènement du numérique. Essayons donc !

 

Chacun pressent, constate, ou sait désormais que l’avènement du numérique concourt à un changement des modes de perception. La linéarité, l’attention, la lenteur, laissent la place à l’alinéarité, le rythme, et la rapidité…au risque de l’inattention. Le parcours linéaire partagé laisse la place à l’expérience individuelle, que ce soit dans les nouveaux modes de lecture qui mettent en cause le livre traditionnel, les médias numériques et l’internet, sans oublier l’expérience proposée dans les dispositifs interactifs d’art numérique.

Si la primauté de l’expérience est évidente dans des dispositifs techniques interactifs, elle s’impose aussi dans des œuvres « périssables » d’art contemporain et dans de nouvelles formes de happening dans la danse ou le théâtre, impliquant souvent davantage le corps et les sens (voir Jan Fabre)…

Parallèlement, dans les médias numériques, la communication unidirectionnelle s’efface au profit de la commutation dans laquelle le message se construit dans l’interaction entre des émetteurs-récepteurs. (blogs, réseaux sociaux, mobiles…). Cette interaction donne la aussi le primat à l’expérience sur le contenu.

Cette importance croissante de l’expérience et de la perception induit à des degrés divers selon le dispositif dans lequel on se place, un engagement différent du corps et conduit à un développement de la polysensorialité consacré par l’avènement de la synesthésie, association de sens, prise en compte de façon croissante dans l’immersion et l’expérience utilisateur des sites internet, mais aussi dans la mode, la cuisine ou les parfums.

 

Tout cela consacre le déclin de l’objet au profit de l’expérience, de la perception. L’œuvre, si on peut encore employer ce mot, s’actualise plus ou moins brièvement dans des installations, des performances, des expériences sensibles relevant de l’événement, et parfois même de rien d’autre que l’événement réduit à un produit consommé. On assiste ainsi à une esthétisation diffuse et globale, à une gazéification de l’art selon les mots même de Michaud.

Ainsi s’expliquerait selon lui, le retour au premier plan de l’architecture comme art majeur. L’expérience du Guggenheim de Bilbao est d’abord celle qui est offerte par l’architecture du musée, bien avant celle des objets qu’il contient. Des tours de Dubaï aux nombreux projets muséaux en cours, et même au musée Pompidou de Metz, c’est d’abord une expérience sensorielle que tentent d’offrir ces réalisations.

 

La transformation des modes de production par les technologies fait que l’artiste seul face à son œuvre laisse la place au producteur, au créateur industriel animant ou pilotant un collectif, voire simple maillon d’une distribution. Les procédés industriels, techniques, communicationnels et commerciaux transforment la perception. Il s’agit d’inventer ou de magnifier une expérience ou/et de la marketer parfois sous des formes dévaluées.

La fête et le spectacle contaminent les arts et la culture. L’expérience relève de l’événement. Et vice-versa ! Combien de biennales, de fêtes, de festivals et de salons ? L’art « collectionnable » multiplie les évènements-expositions (Veilhan ou bien Koons ou encore Murakami à Versailles). Des défilés de mode et des lancements de produits ont lieu dans des enceintes culturelles comme Beaubourg ou Orsay…

La barrière high/low, art d’élite/art populaire s’efface au profit d’une barrière luxe/cheap. Plus prosaïquement, dans une société où l’horizontalité remplace la verticalité, ou le culte (au sens large) s’affaiblit, qui promeut l’individu et lui délivre des injonctions de réalisation personnelle, on achète des expériences plutôt que des objets. Le luxe aussi devient gazeux. On s’offre un saut en parachute…ou un vol en navette spatiale…en attendant des expériences virtuelles. Pour Michaud, on assiste à une touristification de la culture dans une société de l’entertainment.

 

Reste le cas des tuyaux : Dans ce monde numérique, la production industrielle et commerciale des biens culturels généralement numérisés triomphe. Les œuvres étant techniquement reproductibles  à l’infini et transmissibles en temps réel, les tuyaux chargés de les distribuer et de permettre l’accès à l’expérience sont en position de force par rapport au contenu. L’appareil et la connection sont payants, le contenu souvent gratuit ou revendiqué comme tel. On dit j’ai un iphone. Dirait-on j’ai un livre sans paraître ridicule ? on achète le livre pour son contenu, l’iphone pour la promesse d’une expérience.

 

Faut-il pour autant se lamenter ? Non, pas vraiment, pense Michaud. Certes l’aura de l’œuvre d’art s’affaiblit, ou se déplace, voire disparaît. Comme le pensait Walter Benjamin, cette évolution de l’art est inscrite dans l’évolution de nos sociétés démocratiques éduquées et massifiées. Les technologies sont décisives parce qu’elles modifient notre rapport au monde, transforment les modes de production et de distribution, les notions d’œuvre et d’auteur, mais aussi la communication interpersonnelle et la sensorialité. L’innovation technologique s’impose avec une grande rapidité (iPhone) et se diffuse en mettant des possibilités de création à la portée de chacun en permettant tout à la fois décentralisation et relocalisation de réseaux-tribus, paradoxale à l’ère de la globalisation. C’est de là peut-être que viendront les nouveaux processus créatifs (ibooks, iart, clips…)

Share

Facebook, les réseaux sociaux et nos vies en 2011 ; quels bénéfices et quels dommages pour nos relations sociales ?

Social networking sites and our lives, c’est le titre de l’étude du Pew Research Center (85 pages) réalisée en 2010 aux Etats-Unis et parue  en juin 2011 sur l’impact social de l’utilisation des réseaux sociaux parfois accusés de fragmenter le corps social, d’isoler l’individu et de le placer hors-sol. Encore une avalanche de chiffres donc, mais comme l’écrit Olivier Ertzscheid, Les chiffres, leur interprétation et leur mise en scène sont un moyen privilégié pour décrire, dominer et mieux comprendre la réalité non tangible. Quelle que soit leur valeur, ils influent sur notre perception de la réalité et sur la réalité elle-même, celle qui sera prise en compte dans l’attention que lui prêtera chacun d’entre nous, mais aussi par les médias, les agences et les entreprises. Alors va pour quelques chiffres que j’ai choisis et qui, s’ils concernent les Etats-Unis, n’en sont pas moins intéressants par les grandes lignes qu’ils traduisent.

 

  • La population d’utilisateurs des réseaux sociaux, qui aurait doublé depuis 2008, vieillit au delà du simple glissement lié au vieillissement des utilisateurs. L’utilisation s’étend à des générations plus âgées comme le montre le passage de l’âge moyen de 33 ans en 2008 à 38 ans en 2010. Pour d’autres médias, cela suffirait à susciter l’émergence de nouveaux réseaux distinguant les jeunes. L’individualisation des usages permet de garder ensemble toutes les générations.
  • Facebook est bien le réseau ultra-dominant (92% des inscrits sur des réseaux sociaux, non exclusifs certes, mais tout de même. Le trafic total (voir les calculs d’O. Ertzscheid) est impressionnant. Sorti depuis longtemps du milieu universitaire, Facebook touche tous les niveaux d’éducation, tout comme Twitter. Ce n’est pas le cas de LinkedIn, très majoritairement fréquenté par des membres de niveau d’éducation supérieure, ce qui n’est pas une surprise compte tenu du positionnement de chacun de ces réseaux.
  • Plus de 50% des inscrits fréquentent quotidiennement ou pluriquotidiennement Facebook avec une proportion plus élevée de jeunes et de femmes. Mais qu’y font-ils ? Liking et commentaires représentent l’activité principale exercée par 20 à 25% des usagers de Facebook, loin devant la production de contenus, mise à jour du profil. (voir répartition sexuée ci-dessous)

 

Graphique des utilisateurs Facebook selon le sexe et les utilisations quotidiennes

 

  • Sur Facebook, le comportement est sexué (voir graphique précédent). Non seulement les femmes y sont plus nombreuses, mais la fréquence de leurs activités y est plus grande pour tous les usages. Apporteraient-elles un soin plus grand à l’entretien de leurs relations, combleraient-elles un penchant pour le phatique ?…
  • les amis Facebook (en moyenne 229 par compte) ne sont pas confinés à un cercle étroit, mais se recrutent dans tout l’éventail des relations possibles.

 

Origine des amis Facebook

 

  • Les amis Facebook ne sont pas que virtuels. Une idée déjà largement battue en brèche, mais encore vivace dans certains esprits. Les amis Facebook sont le plus souvent conséquence d’une rencontre physique (ou prélude ? ).

 

Les amis Facebook ne sont pas que virtuels

 

Les utilisateurs de réseaux sociaux ne sont ni isolés ni amputés de leurs relations sociales « réelles ».

Parmi de complexes tableaux de chiffres, se dégagent 3 tendances :

-   Les utilisateurs d’Internet ont des relations plus proches et déclarent davantage de confidents.

Nombre moyen de confidents par typologie d'utilisateursA noter que les utilisateurs de Facebook tendent à avoir davantage encore de confidents dès lors que leur utilisation du service augmente.

-    Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook font davantage confiance aux autres que les utilisateurs d’autres réseaux et davantage encore que les non utilisateurs d’Internet.

-    Les utilisateurs de Facebook se soutiennent mutuellement davantage matériellement et moralement que ceux des autres réseaux et que les non utilisateurs d’Internet.

 

  • Les utilisateurs pluriquotidiens de Facebook sont plus engagés politiquement. On ne peut s’empêcher de penser au rôle des réseaux sociaux dans les mouvements sociaux et politiques de ces dernières années et de leur potentiel dans la formation et l’exercice de la citoyenneté.

 

Tous ces résultats permettent au Pew de conclure que rien ne permet d’affirmer que l’usage des réseaux sociaux puisse être associé à un recul de la taille et de la diversité du réseau de relations d’un individu. On constate plutôt le contraire, même si l’étude montre que dans tous les cas le niveau d’éducation interfère et « améliore » parfois considérablement le niveau des chiffres obtenus. Les réseaux permettent de raviver des relations anciennes ou essoufflées, d’entretenir leur proximité. Rien ne démontre l’enfermement dans un réseau de pensée ou de personnes homogènes. Il faut admettre que les relations que nous entretenons sur les réseaux recopient pour une grande part celles que nous avons hors réseau. Les changements de modalités de ces relations amplifient, intensifient (ou affaiblissent) certains aspects. S’ils peuvent déconcerter certains, ils n’ont pas tous les défauts qu’ils leur prêtent. Question de génération ?

 

Mais pour autant, et quelle que soit la confiance qu’on peut accorder aux chiffres, et quel que soit le degré de pertinence de leur transposition en Europe, cela règle t-il les débats sur le sens du mot ami, sur la qualité des liens, faibles ou forts, sur l’identité, l’effet miroir.. ? sur la solitude communicante ou la loi de proximité inverse de Virilio qui fait du voisin l’étranger et du lointain l’ami ? Il s’agit là de questions d’ordre plus philosophique voire anthropologique dont les réponses sont bien plus complexes.

 

Share

Les métiers du Net vus par les métiers du Net

Un petit clin d’œil métier dans ce blog pour ceux qui n’ont pas encore vu ce doc. de source composite : un brin d’humour, inégal, parfois gratuit, mais gentiment grinçant, auquel ceux qui comme moi travaillent en agence (et d’autres) seront peut-être sensibles. On y reconnaîtra des clichés plus ou moins partagés et des caricatures bien sûr…très éloignées de la réalité .. :)

Les métiers du net sont jeunes, parfois mal identifiés. Certains sont en permanente phase de redéfinition compte tenu des évolutions techniques et des modes de communication ; et comme dans tous les métiers de « création » collective, il n’est pas toujours facile (à supposer que ce soit souhaitable) d’isoler les interventions et les apports de chacun et, en conséquence, de les reconnaître comme tels.

Alors êtes-vous de ceux ou celles dont le rôle est bien identifié, à l’abri d’un savoir technique ? ou fortifié par la détention de l’information  ? Ou êtes-vous de ceux qui, dans l’entre-deux, peinent à borner un territoire et à le faire reconnaître ? A moins que vous n’apparteniez à la catégorie des « jesaistoutfaire » ? Et si, au bal des egos, votre métier c’était simplement du pipeau :) :) :) ?

 

En agence web : Les métiers du net vu par les metiers du net

Les métiers du Net vus par les métiers du Net

 

Share

eG8, où va l’Internet ?

Dans son discours d’accueil du eG8, le président de la république n’a pas manqué de brosser un tableau qui consacre une prise de conscience de l’importance de l’Internet dans la diffusion des savoirs, de son importance croissante dans le domaine économique, dans la diffusion des bonnes et mauvaises pratiques dans tous les domaines, bien sûr aussi dans le domaine politique comme l’ont illustré de nombreux événements de ces dernières années depuis l’élection d’Obama jusqu’aux mouvements arabes en passant par Wikileaks. Il suffirait donc de réguler pour mieux développer et de supprimer les scories pour avoir enfin un internet civilisé (terme souvent repris par nos gouvernants). D’où l’idée affichée de recueillir les propositions ascendantes (depuis un parterre tout de même choisi) avant peut-être d’édicter des règles… descendantes bien sûr…

 

Certes, on est évidemment d’accord avec le fait qu’Internet ait pris une importance stratégique, que des freins à son développement subsistent, que des modèles économiques sont remis en cause, que des inquiétudes légitimes se font jour quant à la protection de la vie privée et au droit à l’oubli, à la surveillance, aux problèmes des sources, des effets de masse et des manipulations possibles. Alors réguler et civiliser ? Si j’en crois mon petit Robert, civiliser, c’est « faire passer (une entité sociale) à un état social plus évolué ou considéré comme tel dans l’ordre moral, intellectuel, artistique ou technique ». Il faudrait donc réussir dans le monde d’Internet à dégager une morale commune de laquelle découleraient des règles censées offrir un cadre de développement harmonieux.

 

Bien, mais alors quelle morale commune ? Celle des grandes entreprises du net qui ne souhaitent pas vraiment s’embarrasser de règles trop contraignantes pour elles ? celle des industries traditionnelles qui souhaitent faire du vieux avec du neuf (voir Hadopi ancienne formule et son échec annoncé tant on est loin des possibilités intrinsèques du réseau) ? Celle de la privacy à l’américaine ou celles d’ailleurs remises en cause par les propriétés intrinsèques du numérique de la vie privée à l’européenne ? celle du net tendance chinoise (la Chine n’était pas là) ? ou encore celle des hackers si importants dans la génèse de l’esprit du net, défendant un territoire indépendant et autorégulé ? ou encore celle des pourfendeurs de l’horizontalité (dont on se souvient de quelques interventions) ? …

 

Une partie de la réponse se trouve dans la liste des intervenants et la composition des plateaux qui a fait la part belle aux géants des grands groupes et du e-business…et les dirigeants de nos agences étaient parmi les invités. Il n’est bien sûr pas illégitime de rechercher les voies d’un développement d’Internet et de son économie, bien au contraire. Mais sans faire de procès d’intention, le voir comme simple espace à normaliser, comme simple extension de l’espace marchand et de l’espace du pouvoir et négliger le fait que l’internaute est au centre d’internet  serait extrêmement réducteur et certainement contre-productif. Etait-ce une raison de ne pas organiser cet eG8 ? Non, seulement une raison de se montrer attentifs à la route choisie et à toutes les évolutions qui en résulteraient.

Share

Social media et CRM, le malentendu, vraiment ?



Etude IBM : From Social Media to Social CRM by IBM

 

L’étude d’IBM parue récemment met en exergue des différences de perception des raisons pour lesquelles marques et clients chercheraient à interagir sur les réseaux sociaux et semble pointer une divergence entre les deux approches.

 

En effet, les raisons invoquées par les consommateurs paraissent nettement hiérarchisées et privilégient celles qui apportent un gain effectif en terme d’information ou d’avantages (purchase, discount). A l’opposé, l’aspect communautaire que l’on aurait imaginé plus prégnant dans un réseau social apparaît comme une motivation secondaire. Face à ces perceptions du consommateur, celles des représentants des marques, nettement moins hiérarchisées, montrent effectivement une survalorisation des intentions prêtées à l’internaute dans le domaine communautaire. Y a t-il là matière à s’étonner ?

 

Notons tout d’abord que le graphique ne dit pas la manière qu’ont les marques d’utiliser les réseaux sociaux, mais ce qu’elles pensent que les utilisateurs pensent. Libres à elles ensuite de déterminer leurs utilisations de ces réseaux selon leur nature et en fonction du positionnement et de la stratégie propre de la marque (discount pour tous sous prétexte que c’est ce qu’attendent en premier les consommateurs n’aurait évidemment aucun sens). Même si le classement des items révèle une difficulté à sortir du message centré produit, le fait que la marque pense que ses clients recherchent la relation et le dialogue n’est pas en soi la preuve d’un malentendu. La qualité de la relation est fondamentale pour la marque et il est de son intérêt d’y prêter une forte attention, et elle ne fait à mon avis que le projeter dans ses réponses. Du côté consommateur, cette qualité est implicite mais pas obligatoire. Son intérêt est de tirer avantage de la relation. Qu’il y ait une dissymétrie des perceptions est normale et évidente. Le jeu est de concilier intérêts des uns et besoins des autres et de baliser un terrain de rencontre.

 

Notons aussi l’effet artefact d’un graphique (sans échelle) qui laisserait penser que l’incompréhension est forte, notamment sur les attentes en matière d’offres de prix et d’achats. Si l’on considère les chiffres et non plus le classement, cela n’a plus beaucoup de sens. Nous savons tous que classer présente une part d’arbitraire lié au sentiment d’un moment, et on voit là qu’à quelques points près, beaucoup d’items auraient pu occuper un tout autre rang dans la colonne businesses. Il faut constater que la hiérarchie de ces items repose sur des différences assez faibles. Et c’est peut-être là que se trouve le principal enseignement. En fait, tout se passe comme si les entreprises interrogées n’avaient pas une connaissance très claire des attentes de leurs clients et de leur hiérarchisation…du style un réseau social, ça sert un peu à tout ça. Il y a donc certainement encore du travail à faire dans ce domaine relativement nouveau. Une mal-connaissance plutôt qu’un malentendu ; de quoi expliquer, peut-être, certaines déceptions… ?

Share