Category Archives: Usages

iArt ? La fondation PB-YSL, expose les Fresh flowers de David Hockney

David Hockney

David Hockney ©

Un des artistes les plus connus et appréciés au monde depuis les années 60 et la période pop art, David Hockney, reste à l’affût des nouvelles techniques et des possibilités d’expression artistique qu’elles offrent. Après la photocopie, le fax et le computer drawing, rien d’étonnant à ce qu’iPhone et iPad entrent dans sa panoplie, même s’il n’est pas le premier. Certaines de ses réalisations, « fleurs fraîches », sont exposées à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent jusqu’au 30 janvier 2011 (on peut voir le dispositif lors du vernissage). On peut aussi voir quelques créations sur iPhone sur le site d’Hockney.

Alors que changent les interfaces tactiles ? Elles ouvrent un champ de création dont il est trop tôt pour mesurer l’étendue et l’avenir. En masquant à la conscience de l’utilisateur la phase de calcul et de traduction par la machine, phase perceptible par l’usager du clavier et même par celui de la souris, ces interfaces réintroduisent ce qui s’était affaibli avec le numérique, à savoir un lien perçu comme direct entre le geste et la trace même simulée (un des fondements de la peinture et de la sculpture. J’avais par ailleurs évoqué la disparition de ce lien à propos de Veilhan ). De ce point de vue, iPhone et iPad n’offrent pas la même expérience gestuelle. Un écran accessible par le bord du pouce et sans bouger la main pour l’un, un écran nécessitant des mouvements de la main et du bras pour l’autre. Quant au toucher, la peau étant, comme le dit Michel Serres, le bord commun au corps et au monde, interface et frontière à la fois, il nous ramène à la relation à la matière et à sa sensorialité…même si la texture, la température perçue ou le relief ne sont pas ceux d’une feuille de papier ou d’une toile.

Pour quel résultat ? Bien sûr, la surface d’un smartphone est limitée. L’appli Brushes utilisée par Hockney, aussi. Mais elle offre des possibilités de superposition et de transparence que n’offrent pas les couleurs sur papier ; et aussi des possibilités de correction et de revisite de la cinématique du dessin. Ces possibilités, associées à une synthèse des lumières colorées bien sûr très différente de celle des pigments, à leur transparence et à la maîtrise de ces couleurs par Hockney, donnent des résultats d’une grande fraîcheur et souvent séduisants sur un écran. Un bouquet dans la lumière d’une persienne, dessiné le matin au réveil et envoyé de l’hôtel, peut en dire plus sur l’atmosphère du lieu et l’humeur de son auteur que la photo ou la carte postale de monsieur tout le monde envoyée du lieu de séjour. La viralité est exploitée a minima puisque seuls, aux dires d’Hockney, une vingtaine de ses amis reçoivent ses dessins. Et d’ailleurs, j’en profite, David, if you read this note, I would like very happy if you sent me some flowers on my iPhone.

Au final est-ce de l’art ? fallait-il l’exposer ? La notoriété de l’auteur y pousse ; et si le fait d’être exposé dans une institution consacre le travail et l’étiquette art, c’est fait. Et cependant, sortis de leur contexte qui se situe quelque part entre l’art et la communication, ces dessins exposés dans un contexte muséal, perdent de leur spontanéité et peuvent apparaître plus comme un exercice de style où les contraintes de la surface et de l’outil sont  très présentes. Certains y verront de la poésie, d’autres de l’indigence. Bien sûr le problème de la circulation, de la reproduction et du marché des œuvres sur support numérique n’est pas réglé, et le fait que l’on puisse encore « accrocher » au mur une production conçue pour un autre usage en rassurera certains, mais est-ce bien la solution ? Pourquoi pas un espace d’exposition virtuel accessible par le réseau ? Le débat est ouvert.

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Internet mobile à l’horizon 2014

Une étude de Capgemini publiée en juillet 2010 pour le SRI (syndicat des régies internet) montre la forte croissance du mobile qui sera le premier point d’accés à internet en 2014 en France. Cela rejoint l’étude de Gartner début 2010, dans laquelle il annonce que dès 2013, le nombre de smartphones et de mobiles connectables devrait dépasser le nombre de PC. Cela induit bien que le mobile en général devienne le premier moyen d’accès potentiel à Internet. Ce développement devrait contribuer à permettre potentiellement à 3 milliards d’adultes d’effectuer des transactions électroniques (internet mobile ou PC) à partir de 2014.

L’augmentation du taux de pénétration de l’internet mobile s’inscrit dans une évolution logique. Du téléphone à fil à la cabine puis au mobile, du desktop au portable et à la plaquette, de l’interface mécanique à des interfaces tactiles, la tendance incontournable est à l’autonomisation de l’univers de la communication, à l’adaptation des interfaces à une utilisation plus instinctive, à l’intégration au corps de prothèses extensives permanentes, autonomisation et intégration étant bien sûr corollaires l’une de l’autre. Rien de surprenant donc dans les prévisions de Gartner et dans celle de Capgemini

La première conséquence est évidente : on voit bien sûr l’intérêt qu’il y a à concevoir des sites et des applications adaptables ou optimisés pour le format mobile, de négliger la relation avec un grand nombre, et bientôt peut-être, une majorité de ses utilisateurs et de ses clients. Toujours d’après l’étude de Capgemini, 67% des annonceurs en France envisagent d’ores et déjà le développement d’une application mobile.

Autre conséquence que pointe Gartner: là où le web, le search, permet d’extraire de l’info organisée et promue pour drainer l’attention qui remonte vers l’émetteur, le développement de l’internet mobile permet de s’adresser directement à l’utilisateur dans une stratégie moins « pull » et plus « push ». La connaissance du contexte et celle du profil de l’utilisateur prennent une importance de premier plan : localisation, motivation, fréquentation des réseaux sociaux deviennent des renseignements fondamentaux pour la segmentation et le ciblage permettant de délivrer un message personnalisé rattaché à l’expérience de cet utilisateur.

Une confirmation : Facebook, présent d’entrée sur des smartphones, sera, sauf dérapage, confirmé en 2012 comme premier hub pour le social web et l’interopérabilité des réseaux, au travers de mécanismes divers comme Facebook Connect par exemple. Cela le place en situation de premier marchand de profils. Et voilà confirmé que la gestion de la vie privée restera un grand défi pour Facebook et par ricochet pour nous aussi !

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iPod, iPhone, iPad, iGod, Steve Jobs réenchanteur du monde ?

the economist 01/2010

the economist 01/2010

Il y a quelques semaines, attendu comme un messie par ses fidèles, le gourou Steve Jobs, l’homme qui change nos vies, présentait l’iPad, dernier né d’Apple, au cours d’une grand-messe où une assemblée communiait dans l’attente de la révélation de la toute nouvelle création dont l’avènement marquerait un pas de plus vers l’intégration numérique ; communion partagée par la quasi-totalité des médias qui ont assuré ainsi une promotion planétaire gratuite à l’iPad. Il faut dire que le destin des précédentes créations d’Apple mérite que l’on porte attention à chaque nouveauté de la firme. En se plaçant du côté des usages et des usagers, tant du point de vue de l’ergonomie des interfaces que des services potentiels, Apple, personnifié par Steve Jobs, a fortement mobilisé et affecté l’expérience des utilisateurs. Cependant, le comportement de certains fidèles, les couvertures de magazines, textes ou iconographies à résonance biblique (ici ou ), et le champ sémantique du religieux relevé dans nombre de commentaires interpellent. En 2007 déjà, le NY Magazine titrait iGod. Comment tenter une explication ?

Une piste est offerte par un texte du médiéviste Charles Bourget que je me suis souvenue avoir exploité pour une analyse de tendances lors d’un séminaire Arts Appliqués. Ce texte, « la tension topologique du virtuel », traite du rapport à l’espace dans une approche psychanalytique qui est sans doute en jeu dans le phénomène. Ce que montre Bourget, c’est que le cyberespace depuis le web jusqu’à la réalité virtuelle, introduit une tension topologique. Pour résumer, on peut considérer deux types de rapport à l’espace pris au sens large : les modèles à prépondérance euclidienne qui mettent l’environnement à distance et cherchent à le quantifier et les modèles à prédominance topologique, qualitative et intuitive ; schématiquement, la mesure, le matérialisme et la science face à l’espace intérieur, la spiritualité et l’intuitivité. Chaque individu dans chaque société et chaque époque élabore un mix de ces deux approches qui le caractérise. Cette double relation avec le réel crée une tension que nous vivons tous entre les deux modèles. Dans la société occidentale moderne, matérialiste et rationnelle, le modèle euclidien prédomine. On sait comment Marcel Gauchet a repris le thème du déclin de la relation topologique au monde, incluant le religieux, au profit de la relation euclidienne depuis le primitif jusqu’à aujourd’hui (le désenchantement du monde). Or la dimension intuitive du rapport au réel, de type sensoriel et émotif, demeure une nécessité pour l’équilibre du sujet. En ouvrant de nouvelles possibilités d’accès à cette dimension dans notre monde intérieur, le cyberespace offrirait une alternative de réenchantement du monde.

Si l’on accepte cette hypothèse de Bourget, on peut mieux comprendre la ferveur provoquée par les promesses d’accès à cet espace que représente Apple personnifié par Steve Jobs. Plus ces appareils nous donnent de possibilités d’accès aux mondes virtuels, plus ils proposent d’augmenter le réel, plus la convergence numérique et plus leur ergonomie et leur autonomisation leur confère un rôle de prothèse globale, multitâche et quasi-permanente, plus leur annexion à l’espace mental devient facile…et peut-être même addictive. Le cyberespace, ubiquitaire, utopique et uchronique, autorise de fait une nouvelle perception et de nouvelles relations à l’espace. L’expérience du temps réel et de l’interaction jusqu’à l’immersion développe une nouvelle sensorialité et fait la part belle à l’émotion. Avec l’accès au web d’abord, puis aux applications de réalité augmentée qui fleurissent sur nos mobiles, et bientôt à l’immersion dans des réalités virtuelles, nous disposons de nouveaux moyens de tisser avec notre environnement des rapports d’imbrication des différents niveaux de réalité et d’y introduire des rapports de type poétique, a-scientifiques et a-euclidiens, à côté des rapports simplement utilitaires. Cette évolution ouvre la porte à un renforcement d’une conception topologique du monde et à un nouvel équilibre avec l’approche euclidienne. Et c’est en cela qu’il nous conduirait vers un possible réenchantement du monde. Dans un moment où les pressions topologiques sont illustrées par la pression des phénomènes religieux, Steve jobs serait celui qui offre une promesse alternative d’accès à un monde réenchanté…ce qui pourrait éclairer la sémantique relevée dans les médias à son propos. Pour plus, le texte complet de Charles Bourget est toujours accessible.

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Elinor Ostrom, Nobel d’économie, défend le « knowledge as a commons »

Je suis (Très) loin d’être une spécialiste de l’économie, mais un billet d’Hervé Le Crosnier du VECAM a attiré mon attention sur la récente prix nobel. Ce billet résume une petite partie de la théorie d’Elinor Ostrom et la perspective historique dans laquelle elle place les questions sur l’économie du numérique. Les Commons étaient, en Angleterre, ces terres gérées de façon coopérative au sein de communautés. A partir du XIIème siècle, elles furent encloses (les enclosures) au bénéfice de riches propriétaires et de la noblesse… Mais quel rapport avec le numérique ?

Eh bien là aussi comme dans bien d’autres domaines, deux approches sont à l’œuvre. L’une d’entre elles est que le réseau, l’information et la connaissance sont considérés comme des ressources, et donc susceptibles d’être soumises à de nouvelles enclosures (DRM, taxes, brevetages, HADOPI,…). L’autre approche, qui entre en conflit avec la première, c’est de considérer que, dans une période où la technologie permettra de numériser absolument tout, rendant les biens immatériels, bouleversant l’accès à l’info, les notions d’auteur et de propriété, les notions d’original et de copie, ainsi que les modes de production de la connaissance, celle-ci s’impose comme un bien commun. Et à bien commun, communauté ! Dans ce cas, l’information et la connaissance deviennent objets de négociation, de partage et de construction collaborative, dans un espace d’autoorganisation (Copyleft, licences CC, Wikipedia, librairies en ligne,…)… Et la gestion collective peut au travers d’arrangements institutionnels donner des résultats parfois optimaux. C’est ce que montre Elinor Ostrom dans son livre « Understanding Knowledge as a Commons » dirigé en collaboration avec Charlotte Hess…Et en lisant les avis de deux autres prix Nobel, Stiglitz et Krugman, on est ravis de voir que des économistes de premier plan ont pris la mesure des bouleversements en cours. Certes il n’y a pas de solution unique, et des modèles économiquement viables restent à inventer dans certains secteurs, mais beaucoup de décideurs qui se chargent de penser ces nouveaux modèles, devraient se pencher sur ces réflexions s’ils voulaient mieux comprendre les bouleversements apportés par le numérique. Sûrement à lire… pour réfléchir…(pas encore en français, mais ça ne saurait tarder). On peut aussi trouver un résumé des idées des auteur(e)s en 6 pages ici.

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Un point trafic sur Myspace, Facebook et Twitter


Twitter vs. Facebook vs. MySpace

Twitter vs. Facebook vs. MySpace


le site du Chicago Tribune publie en date du 7/10 les derniers chiffres du trafic sur trois medias sociaux. S’il ne s’agit pas vraiment de compter leurs « divisions » tant leurs usages ne se recouvrent pas vraiment, comme le rappelle Alexis, il est tout de même pas inintéressant de visualiser l’évolution de chacun d’eux. Parallèlement au tassement de Myspace, qui reste cependant très utilisé pour les artistes en général et par les musiciens en particulier qui ont un produit, au sens large du terme, à mettre en vitrine, il est à noter que ce sont les deux réseaux aux fonctions phatiques les plus intenses car les plus développées ou les plus facilement exerçables en temps réel, bien qu’à des modes et degrés divers, qui voient leur trafic augmenter très rapidement. Il faut être connecté…

La forte croissance quasi-continue du nombre de visiteurs mensuels uniques pour facebook a levé certains doutes exprimés ici ou là en 2007/2008 quant à son développement à la suite d’initiatives dont on se souvient. Facebook est donc devenue sans aucun doute la première plateforme (au moins en en nombre de visiteurs et sans distinguer les usages), et si j’en juge par mon entourage, attire de plus en plus les jeunes dès l’adolescence. Une étude de comScore montre d’ailleurs qu’aux UK les 15-24 ont tendance à se disperser beaucoup moins sur les autres réseaux et les délaissent au profit de Facebook. Notons au passage que cela va à l’encontre de l’idée communément admise selon laquelle les jeunes déserteraient les terrains occupés par les plus âgés.

Est confirmée aussi bien sûr l’éclosion pour ne pas dire l’explosion de Twitter devenu incontournable et de plus en plus investi par les compagnies au cours de cette année 2009. La croissance de son trafic dépendra pour une large part d’usages qui restent à imaginer et à développer aussi bien dans et autour de l’entreprise qu’au niveau personnel et qui pourraient permettre à Twitter de dépasser la réputation de source et de production d’infos qui lui est faite. Alexis parle très bien dans son billet des difficultés spécifiques liées à l’appropriation de Twitter, mais certaines pistes d’usages (pour mémoire ici et ) sont, parmi beaucoup d’autres, suffisamment séduisantes pour que des cerveaux (de tous âges) se mettent à phosphorer, ce que traduit l’effervescence dans les médias sociaux de la sphère francophone mise en évidence autour de Twitter qui bénéficie actuellement d’un attention rate très élevé…et à nouveaux usages, nouveaux usagers.

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Microsoft ouvre un compte et intègre des tweets dans son moteur de recherche. Peut-on encore négliger Twitter ?

Un récent billet d’Alexis s’appuyant sur une étude de Jam (instantané sur 3 jours) remarquait que la majorité du classement n’y était tout simplement pas présente. Et voilà que Microsoft saute le pas et arrive sur Twitter  et par un clin d’œil, Linux lui souhaite la bienvenue ! S’il est vrai que Twitter (18 millions de visiteurs en mai 2009), ou plutôt la teneur de certains échanges suscitent des agacements chez certains, et que le pourcentage d’actifs y est, comme dans les réseaux en général d’ailleurs, assez faible, il faut se rendre à l’évidence, il est désormais impossible de le négliger. L’information en temps réel a montré une pertinence possible dans de nombreux cas récents. Certes, la twitterisation des événements, désormais source d’alimentation des grands médias, participe aussi de la société de l’émotion sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, j’effleurais récemment le sujet à propos de Home. Malgré tout ça ou peut-être grâce à ça, Twitter permet l’émergence de groupes d’intérêts ponctuels. Sans être à proprement parler un réseau social, mais plutôt un outil, un réseau de communication, il permet la constitution de communautés dynamiques conjoncturelles en temps réel, rassemblant des followers autour de gazouilleurs dans le cadre de forces de coopérations faibles déjà décrites. Il y a là quelque chose qui oscille entre l’exposition de soi et la démarche solidaire, entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun. Tout cela modifie potentiellement les rapports de force entre les états et les citoyens mais aussi entre les entreprises et les clients. Même si l’intervention d’affiliés ou le Pay-per-tweet peuvent assurer la présence de la marque (Alexis faisait allusion au cas Apple), il y a lieu de penser que sa présence en temps que telle permet de mieux contrôler ce qui se dit et d’organiser les réactions à la vitesse de Twitter, et peut-être d’échapper au soupçon. Sur un autre plan, mais toujours dans une logique de twitterisation, Microsoft teste désormais l’intégration des derniers tweets de quelques centaines ou milliers de personnalités jugées éminentes dans les résultats de Bing, son moteur de recherche. En attendant Google…

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La place croissante d’Internet aux dépens de la presse chez les ados

évolution du nombre de tirages et de la diffusion de la presse spécialisé

évolution du nombre de tirages et de la diffusion de la presse spécialisé

Les derniers chiffres de L’OJD (évolution de 2004 à 2008) relatifs à la diffusion de la presse magazine pour ados confirment la tendance enregistrée ces dernières années. A l’exception de quelques titres valorisés pour leur présumé apport éducatif (Okapi, Sciences et vie junior, Géo junior), peut-être davantage par les parents d’ailleurs, c’est une chute spectaculaire de la diffusion qui frappe la plupart des magazines pour ados, particulièrement ceux que l’on pourrait ranger dans la catégorie fans ou people. Après la stagnation, et souvent le recul de l’utilisation de la télévision et de la radio, c’est le papier qui est atteint bien davantage encore. Une partie de l’explication tient sans aucun doute à la migration du lectorat vers le net. Goûts musicaux, vie des stars, émissions de télé, mode et vie amoureuse, tous sujets présents dans ces magazines, sont désormais déclinés dans de nombreux sites, partagés et discutés sur de nombreux forums, blogs et réseaux sociaux.

Alors ce type de presse écrite a t-il encore une chance auprès de ce public ? Rien n’est moins sûr. Les outils d’action et d’interaction offerts par le net séduisent les ados. Réticulaire, offrant de nouveaux modes de liens avec les pairs, il renforce la fonction phatique, primordiale chez les jeunes. Via la confrontation et les échanges, il permet la construction d’une identité fondée sur les exclusions et les appartenances, préoccupation particulièrement vive chez les ados. Ludique, plastique et dynamique, il permet tout à la fois appropriation, renouvellement et multiplicité, échanges et infos en temps réel. En abolissant espace et temps, il comble l’impatience et la frustration dont on sait à quel point ce sont des sentiments présents chez les ados. Enfin, l’accès à ces sites est gratuit, et ce n’est pas un argument négligeable. Ainsi le statut même de l’adolescent, la culture numérique de cette génération, de la génération du pouce et de la souris comme l’appelle Pascal Lardellier, ne peuvent que la pousser à poursuivre sa migration déjà bien avancée vers les réseaux numériques. Pour toutes ces raisons et aussi parce que le temps n’est pas extensible, il n’y aujourd’hui pas de raison pour que l’utilisation croissante du net et du mobile par les ados ne se fasse pas au détriment de ce type de presse.

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De l’émotif à l’informatif, l’email n’est que ce qu’il mérite…

Pour faire écho au récent billet d’Alexis relatif à l’email et le prolonger, je ne peux que confirmer, moi qui suis sensée être proche de cette génération Y dont on parle ici et , que l’usage de l’email est le plus souvent réservé à des relations formelles et que mes boîtes sont effectivement souvent garnies au delà de ce que nécessiterait une info réellement utilisable. Mais il faut bien dire que l’usage informatif dans lequel se réfugie l’email est inscrit dans ses gènes.

En effet l’email est une forme écrite qui se transmet, plus ou moins bien rédigée, si possible sans fautes d’orthographe, mais déjà éloignée de l’écriture de par ses règles et sa structure, et aussi de par le fait que le support est dépersonnalisé : Disjonction du support d’écriture et du support de lecture, pas de toucher, pas de rature (hormis la biffure html volontaire qui prend un autre sens), pas de surcharge, bref pas d’autre trace du sujet que celle de son esprit. Par ailleurs, l’email ne se construit pas dans l’échange en temps réel et n’exploite donc pas les possibilités de commutation offertes par le réseau. Il ne s’adresse pas à une personne qui est devant son écran. De par cette interaction différée, il échappe à la temporalité du présent, à l’immédiateté et donc à la spontanéité de l’oralité.

De tout cela, résulte un affaiblissement de la présence du sujet qui affaiblit les capacités de l’email à créer de l’émotion. Une étude d’Epley et Kruger (Journal of personnality and social psychology/2005) est à cet égard révélatrice du handicap que fait peser sur l’email la disparition de la communication non verbale qu’il impose. Si 90% des sujets de l’échantillon étudié pensent avoir perçu correctement le ton d’un message donné, la vérification montre que seuls 75% l’ont réellement perçu s’il est sous forme vocale, et pire encore, seulement 56% s’il prend la forme d’un email.
Communiquer seulement par email serait évidemment prendre le risque de se priver d’une partie fondamentale de l’information qu’il ne peut transmettre, la partie non verbale, corporelle et sociale, qui sollicite la sensation et l’émotion, lesquelles jouent un rôle essentiel dans la relation et la socialisation bien sûr, mais aussi dans les processus cognitifs. Ce sont les échanges interactifs en temps réel qui permettent le mieux les ajustements dans ces deux domaines.

Si l’on prend en compte la place (souvent jugée excessive) que tient aujourd’hui l’émotion dans l’actualité (qui n’est pas avare de cas) et dans les modes de vie, des jeunes particulièrement mais aussi de moins jeunes, il n’y a pas de surprise à constater que comparativement à d’autres outils, l’email puisse apparaître comme un outil de communication en quelque sorte refroidie, « outil de vieux » destiné à rejoindre dans l’esprit des nouvelles générations un autre outil de vieux (ou de très vieux) qu’est la lettre. Sans en dire plus, on voit bien comment les messageries instantanées qui se rapprochent davantage de l’oralité et réintroduisent de l’émotivité sont bien mieux adaptées aux processus de socialisation, sans parler du blogging et des réseaux sociaux qui se placent sur un autre plan, celui de la trace et de la valorisation de soi. A moins de le considérer l’email comme matériau de création, il ne faut pas lui demander l’impossible, à savoir être autre chose qu’un instrument d’échanges à vocation informative…qui est peut être dans la ligne de mire du changement en effet.

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Quelle France numérique ? L’outil ne suffit pas à faire disparaître la fracture.

Au moment où est lancé le plan France numérique 2012 qui a pour ambition de fournir un nouveau cadre de développement du numérique, je pense à un entretien avec Mito Akiyoshi réalisé par Hubert Guillaud. La sociologue japonaise centre ses propos sur l’internet mobile et montre que l’outil ne suffit pas à faire disparaître la fracture numérique qui demeure au travers des usages. La plupart de ses propos peuvent certainement être étendus à l’internet sur notre ordinateur. J’en retiens que cette fracture ne se résume bien sûr pas à la question de l’accès, même si cet aspect est premier. Au delà de la disponibilité des outils et de leur maîtrise, et là il y a encore beaucoup de travail (voir l’article d’Alexis Mons), c’est la question des contenus, de leur circulation et de leurs usages qui s’impose.

Entrer dans le cercle vertueux qui consiste à acquérir par l’interactivité des compétences et des connaissances de plus en plus grandes suppose que l’on dispose des ressources culturelles variées (euphémisme employé par Akiyoshi) qui permettent de saisir, contextualiser, et organiser l’information. Ces ressources personnelles conditionnent les types d’usage des TIC et c’est dans ces types d’usage que subsistent ou se recréent des inégalités, comme d’ailleurs dans les types d’usage des autres médias. Dépasser des usages simplement consuméristes suppose que l’on investisse aussi pour l’acquisition de ressources culturelles en général, c’est à dire dans la formation, l’éducation et l’instruction…

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