Blogs, Flickr et autres, le réseau comme autre et miroir

 

La rentrée de septembre a sans doute été l’occasion pour beaucoup de garnir blogs, Flickr et autres d’une myriade de billets ou de photos du type MOI, MES aventures, MES amis, MES vacances…

Pour qui ? Pour quoi ?

On peut certes invoquer le côté pratique pour amis ou parents éloignés, l’accès de n’importe où n’importe quand, le partage ou le développement du lien social, la valorisation de soi, tout cela est sans doute vrai. Cela concerne tout aussi sûrement la recherche et l’élaboration de sa propre identité, un thème très largement abordé par les artistes en général, ceux de la vidéo puis du numérique en particulier. Lorsque, idée maintenant rebattue, à partir du milieu des années 90 (Jennifer Ringley 1996), des internautes s’exposent jour et nuit dans le champ d’une webcam au regard d’hypothétiques internautes, puis-je penser que c’est à moi qu’ils s’adressent ? certainement non ! De la même façon, lorsqu’on expose récits, pensées, films et photos personnelles, ne s’adresse-t-on pas plutôt à une entité réseau à la fois autre et miroir ?

Zogby, cabinet d’études de l’opinion publique américaine, nous apprend en 2007 que 24% des américains pense que l’Internet peut servir de substitut comme autre (Hello, Internet, I’m Home !). Cet autre est d’autant plus valorisant que l’image qu’il me renvoie est en partie modelée à mon goût de par mes publications et le choix de mes connexions. En fait, de ce point de vue, ce que Benayoun nomme pulsion connective, pourrait bien être une nouvelle version du miroir Lacanien  (Pour rappel, au risque d’être reprise par des spécialistes, dont je ne suis pas, le stade du miroir c’est cette période au cours de laquelle, son image dans le miroir permet de construire un schéma corporel, une image de soi et d’en prendre conscience). Lorsque je publie, placé au centre de la toile, la mienne, je me donne à voir, je vois. Plus on me voit, plus je vois, plus j’existe. La complicité, même fictive, qui s’instaure, le regard de l’autre, me confirment dans mon être et dans mon existence…et dans le personnage dont je me fait l’idée ou dont je pense que l’autre se fait l’idée (j’y vois d’ailleurs une certaine parenté avec ce qu’il est convenu d’appeler télé-réalité).

Que ces démarches séduisent ou irritent, on ne peut qu’en prendre acte, même s’il faut être conscient des limites de l’exercice. Au final, d’une façon ou d’une autre, l’internaute se raconte (My life, My experience, comme le montre l’étude 2006 de Pew Internet). Ainsi peut-on saisir l’intérêt qu’il peut y avoir à s’insérer dans la construction narrative de cet internaute en agissant sur son imaginaire, en lui permettant d’intégrer dans sa propre histoire, et donc son identité, les parcours et les discours qu’il est amené à construire lors de ses visites. On comprend donc pourquoi la gestion et le guidage des flux émotionnels qui transparaissent dans les blogs, forums et réseaux divers intéresse tant les spécialistes du marketing et de la communication.

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